Institut de Recherche sur la Renaissance, l'âge Classique et les Lumières (IRCL - UMR 5186)


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Arrêt sur scène / Scene Focus
Une revue en ligne bilingue publiée par l'IRCL / A bilingual online journal published by the IRCL

 

 

N° 09 - 2020

Arrêt sur scène / Scene Focus
Scènes d'exécution / Execution Scenes

Dirigé par / Edited by

Bénédicte Louvat (Université Toulouse – Jean Jaurès) & Nicholas Myers (Université Paul-Valéry Montpellier 3)


97 pages

Illustration de couverture / Cover illustration : Abscheulischste vnerhörte Execution, an… Carl Stuart…vorgangen, etc. Gravure anonyme allemande / anonymous German engraving, 1649

 

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Présentation / Presentation

Sommaire / Contents

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstract and bio-biblios

 

 

Présentation / Presentation

Telle qu’elle est conçue dans l’Europe de la première modernité, l’exécution est un spectacle ritualisé, qui obéit à une dramaturgie ordonnée autour de scènes attendues, destiné à un public qui doit en tirer des leçons politiques et morales. Il n’est guère étonnant, dans ces conditions que, de part et d’autre de la Manche, le théâtre se soit emparé de ce matériau dramatique idéal dont, cependant, les dramaturges ne peuvent ni surtout ne souhaitent donner une simple imitation. Représenter l’exécution au théâtre, c’est inscrire ce qui est généralement son dernier événement dans une intrigue, un enchaînement d’actions, un tissu relationnel et émotionnel complexe, qui peut à loisir interroger la légitimité du châtiment et de ceux qui l’ordonnent, et faire entendre la parole et les justifications du condamné. C’est aussi, selon des modalités différentes dans les théâtres anglais et français, s’interroger sur les conditions de représentation d’une telle scène que l’on peut, au choix, montrer – en recourant à des techniques qui remontent au théâtre médiéval –, raconter par l’intermédiaire d’une hypotypose qui frappera l’imagination des spectateurs ou encore éluder, pour des raisons qui peuvent être idéologiques ou morales. Enfin, les pièces à exécution de la période constituent un poste d’observation particulièrement fructueux de la représentation de l’Histoire en train de se faire et, dans le cadre du dialogue franco-anglais qui constitue l’horizon de la réflexion, de la manière dont on reçoit et interprète, en France, les exécutions anglaises les plus retentissantes de la période et, en Angleterre, celles qui ont lieu sur le territoire français.

Public execution, as carried out in early modern Europe, is a ritualised spectacle, inscribed within a dramaturgy organised around expected scenes and aimed at a public which is supposed to draw the appropriate political and moral lessons from it. It is therefore unsurprising that theatre on both sides of the Channel should have seized on this ideal dramatic material, although playwrights neither could nor wished to limit themselves to a simple imitative representation of the act. Representing execution in the theatre involves enfolding what is usually the final event into a plot, a series of actions, a complex web of emotions and relations, which collectively interrogate the legitimacy of the punishment and of those who ordered it, while giving a platform to the discourse and justifications of the condemned person. It also involves questioning the conditions in which such a scene may be represented. Depending on the dramatist’s choice, the execution can be directly shown by recourse to stage techniques going back to the medieval tradition, recounted through the rhetorical process of hypotyposis, designed to bring the event vividly to the mind’s eye, or simply avoided, for reasons that can be ideological or moral. Lastly, those plays in the period which feature executions present a privileged vantage point for viewing history itself in the making. More specifically – and particularly pertinent to the explicit vocation of this collection to explore the cultural dialogue between the two countries – they throw a searching light on the ways in which the most striking public executions in England were received in France, and vice versa.

Ont participé à ce numéro / Contributors : Gilles Bertheau, Yan Brailowsky, Ruoting Ding, Marie-Madeleine Fragonard, Caroline Labrune, Bénédicte Louvat, Nicholas Myers, Nathalie Oziol, Pierre Pasquier

 

Sommaire / Contents

Bénédicte Louvat (ELH/PLH, EA 4601, Université Toulouse – Jean Jaurès) et Nicholas Myers (IRCL, UMR 5186 CNRS et Université Paul-Valéry Montpellier 3)
Introduction
Marie-Madeleine Fragonard (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
La justice spectaculaire. L’exécution des sentences : pratiques et représentation théâtrale

I. Montrer, raconter, taire : modalités de représentation de la scène d’exécution
Pierre Pasquier (CESR, UMR 7323 CNRS et Université François Rabelais de Tours)
La réalisation technique des scènes d’exécution capitale sur la scène française du XVIIe siècle
Yan Brailowsky (Université Paris Nanterre)
« La tête qui bondit » ou la décollation de Marie Stuart
Caroline Labrune (Académie de Versailles)
La mort n’est pas une fin. La scène d’exécution est-elle vraiment une « scène à faire » ?

À écouter : L’exécution de Mariane (extraits de La Cour sainte du Père Caussin et de La Mariane de Tristan L’Hermite) (les étudiants et enseignants de lettres modernes Annlyse Boquet, Lauriane Brégou, Luc Davin, Marine Frileux, Rania Mezlef et Catherine Pascal. Direction : Bénédicte Louvat)

II. Exemplarités et contre-exemplarités
Gilles Bertheau (CESR, UMR 7323 CNRS et Université François Rabelais de Tours) :
Execution and the Questioning of Authority in Three Early Modern English History Plays
Nathalie Oziol (IRCL, UMR 5186 CNRS et Université Paul-Valéry Montpellier 3) :
State Violence and Last Sentences in Thomas Kyd’s Spanish Tragedy
Ruoting Ding (University of Electronic Science and Technology of China, Chengdu, Sichuan) :
Les tragédies de l’exécution chez La Calprenède : ambiguïté judiciaire et esthétique aristotélicienne

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstracts and bio-biblios

 

Gilles Bertheau (CESR, UMR 7323 CNRS et Université François Rabelais de Tours)

Execution and the Questioning of Authority in Three Early Modern English History Plays
Analysing the three plays chosen for this paper (Sir Thomas More by Munday et al., The Tragedy of Byron by Chapman et The Tragedy of Barnavelt by Fletcher and Massinger) from the viewpoint of the execution scenes leads to a consideration of the political issues at stake. The omission of historical details in More’s fate and the staging of his death enable the authors to make their play a plea for liberty of conscience. Under the reign of King James I, the two topical plays selected here provide two good examples of the way dramatists could intervene in the public debate – at the risk of censorship – about the rise of the modern State. Their depiction of the modern prince, who uses Providence as a political tool, casts a Machiavellian shadow on his discourse and, without exculpating the guilty hero, underlines the constitutive ambiguity of the modern state.
Exécutions et mise en cause de l’autorité dans trois pièces historiques anglaises de la première modernité
Aborder les trois pièces choisies dans cet article (Sir Thomas More de Munday et al., The Tragedy of Byron de Chapman et The Tragedy of Barnavelt de Fletcher et Massinger) sous l’angle des scènes d’exécution oblige à mettre en relief, à travers ce moment de clôture du drame, les enjeux politiques mis en scène. L’effacement des détails historiques du destin de More et la manière dont sa mort en représentée permettent aux auteurs de faire de la pièce un plaidoyer pour la liberté de conscience. Sous le règne de Jacques, les deux pièces d’actualité sélectionnées offrent deux bons exemples de la façon dont les dramaturges interviennent, à leurs risques et périls, dans le débat public concernant l’émergence de l’État moderne. Le portrait qu’ils dressent du prince moderne, faisant de la providence un outil politique, jette l’ombre de Machiavel sur son discours et, sans disculper le héros coupable, souligne l’ambiguïté intrinsèque de l’État moderne.

Maître de conférences HDR à l’Université François Rabelais de Tours et membre du Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CESR, UMR 7323) depuis 2003, Gilles Bertheau est spécialiste du théâtre anglais historique, particulièrement sous le règne de Jacques Ier. Il a publié une édition/traduction de The Tragedy of Chabot/La Tragédie de Chabot de George Chapman et James Shirley (Paris, Classiques Garnier, 2016). Il s’intéresse également aux écrits politiques de Jacques Ier et à la question de l’auctorialité au début du XVIIe siècle anglais. Un article sur ce sujet, « Chapman and the Paradoxes of Authorship », est paru dans Self-Commentary in Early Modern European Literature, dir. Francesco Venturi (Brill, 2019).
A Senior Lecturer at the University François Rabelais of Tours and a member of the Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CESR, UMR 7323) since 2003, Gilles Bertheau is a specialist of English historical drama, more especially Jacobean drama. He has published an edition/translation of The Tragedy of Chabot/La Tragédie de Chabot by George Chapman and James Shirley (Paris, Classiques Garnier, 2016). He is also interested in King James I’s political writings and the question of early seventeenth-century authorship in England. He is the author of a chapter on this topic, « Chapman and the Paradoxes of Authorship », in Self-Commentary in Early Modern European Literature, ed. Francesco Venturi (Brill, 2019).

 

Yan Brailowsky (Université Paris Nanterre)

« La tête qui bondit » ou la décollation de Marie Stuart
Les scènes d’exécution révèlent les liens entre le spectaculaire et le punitif (Michel Foucault), mais elles sont difficiles à mettre en scène, plus encore lorsque le sujet est la décollation de Marie Stuart, dont l’exécution divisa catholiques et protestants, obligeant les dramaturges à adopter plusieurs stratégies de médiation. En prenant l’exemple de pièces de John Pickeryng (Horestes, 1567), Jean de Montchrestien (L’Escossoise, 1604) et Charles Regnault (Marie Stuard Reyne d’Ecosse, 1638), on verra comment les dramaturges nous font vivre la mise à mort (et la reine défunte), et donnent à voir cet épisode morbide malgré son absence sur scène, notamment au moyen de détails étonnants, comme celle de la « tête qui bondit » de Marie Stuart.
Mary Stuart’s Bouncing Head
Execution scenes reveal the links between the spectacular and the punitive (Michel Foucault), but they are difficult to stage, even more so when the topic is the decapitation of Mary Stuart, whose execution divided Catholics and Protestants, forcing playwrights to adopt several mediation strategies. Taking plays by John Pickeryng (Horestes, 1567), Jean de Montchrestien (L’Escossoise, 1604) and Charles Regnault (Marie Stuard Reyne d’Ecosse, 1638), we will see how playwrights brought this execution (and the dead queen) to life, and depicted this morbid episode despite its absence on the stage, notably through striking details, such as that of Mary Stuart’s “bouncing head.”

Yan Brailowsky est Maître de conférences HDR à l’Université Paris Nanterre. Il est l’auteur d’études sur Le Conte d’hiver de Shakespeare (PUF, 2010) et Le roi Lear (SEDES, 2008), et a co-dirigé, entre autres, Shakespeare and the supernatural (Manchester University Press, 2020), et plusieurs numéros de Cahiers Shakespeare en devenir, Actes de la Société Française Shakespeare, et Angles dont il est rédacteur-en-chef.Ancien Secrétaire de la Société Française Shakespeare, il est aussi comédien.
Yan Brailowsky is Senior Lecturer at the University of Paris Nanterre. He is the author of studies on Shakespeare’s The Winter’s Tale (PUF, 2010) and King Lear (SEDES, 2008), and has co-edited, among others, Shakespeare and the Supernatural (Manchester University Press, 2020), and several journal issues for Cahiers Shakespeare en devenir, Actes de la Société Française Shakespeare, and Angles, of which he is editor-in-chief. A former Secretary of the French Shakespeare Society, he is also an actor.

 

Ruoting Ding (University of Electronic Science and Technology of China, Chengdu, Sichuan)

Les tragédies de l’exécution chez La Calprenède : ambiguïté judiciaire et esthétique aristotélicienne
La Calprenède s’intéresse particulièrement au sujet de l’exécution. Parmi les six tragédies publiées, quatre se terminent par une mise à mort. Dans ces pièces, le dramaturge interroge d’une part la culpabilité ambiguë de l’accusé et d’autre part la position du roi-juge dont la considération dépasse le cadre strictement juridique. Il combine le modèle aristotélicien dont l’enjeu réside dans la notion de faute et celui de l’innocence persécutée qui assimile les condamnés aux victimes du machiavélisme d’État. Ainsi, la mort du héros, ni entièrement méritée, ni entièrement imméritée, devient le vecteur de l’émotion tragique sur deux plans : d’un côté, la punition, résultant d’une faute mais présentant un caractère excessif, suscite la compassion du public ; de l’autre, le « bourreau » éprouve une douleur qui éveille également la pitié du spectateur. Cette dramaturgie de l’équivocité s’enrichit enfin par certains éléments empruntés au théâtre de dévotion.
The Tragedies of Execution by La Calprenède : Legal Ambiguity and Aristotelian Aesthetics
Execution appears as a recurring theme in the works of La Calprenède. Four of his six published tragedies end in an execution. In these plays, the playwright questions both the ambiguous culpability of the accused and the position of the king-judge, which goes beyond the legal realm. The playwright combines the Aristotelian model based on the notion of fault and the model of persecuted innocence which transforms the condemned into a victim of the State. Thus, the death of the hero, deserved and undeserved at the same time, conveys tragic emotion in two ways: on the one hand, the excessive punishment arouses the compassion of the public; on the other hand, the suffering of the “executioner” can also evoke the spectator’s pity. This dramaturgy of equivocality is finally enriched by elements borrowed from the drama of devotion.

Ruoting Ding est docteur en littérature française et maître de conférences à l’University of Electronic Science and Technology of China. Sa thèse (à paraître chez Honoré Champion) est consacrée à l’usurpation du pouvoir dans le théâtre français du XVIIe siècle. Elle participe à plusieurs éditions critiques, dont Lucrèce, ou l’Adultère puni d’Alexandre Hardy (en collaboration avec Marine Souchier, à paraître chez Classiques Garnier).
Ruoting Ding holds a PhD in French literature and is a lecturer at the University of Electronic Science and Technology of China. Her PhD thesis (to be published by Honoré Champion) explores the usurpation of power in seventeenth century French theatre. She has participated in several critical editions, including Lucrèce, ou l’Adultère puni of Alexandre Hardy (in collaboration with Marine Souchier, to be published by Classiques Garnier).

 

Marie-Madeleine Fragonard (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3) 

La justice spectaculaire. L’exécution des sentences : pratiques et représentation théâtrale
L’« exécution » est celle d’une sentence, un fait juridique, ordonné, qui fait l’objet d’un rituel précis au nom d’une autorité légitime : un usage pédagogique et cathartique de l’horreur. Elle s’oppose au meurtre, à la vengeance, à la conspiration, comme au « coup de majesté ». La période 1550-1650, féconde en bouleversements politiques, voit au théâtre une transposition des problématiques qui régissent l’acte violent et la loi qui l’ordonne. Mise en récit et mise en scène mettent en cause des pouvoirs et les réactions des spectateurs. Ceux-ci, éduqués par l’expérience, par le théâtre religieux (où les exécutions sont une norme sanctifiante), parfois par le flou qui entoure le pouvoir des rois antiques ou lointains, confrontent des valeurs contradictoires avec les exécutions « modernes » : l’ambiguïté entre pouvoir royal et décision judiciaire explicite, choix personnel et conseillers, passion et justice, délectation de la violence et décence du récit, efficacité et légalité interrogent sur la légitimité de l’ordre donné.
Justice as spectacle. Capital punishment: practices and representation in the drama
“Execution” involves the carrying out of a sentence, an enactment which is part of a judicial structure and embodies a precise ritual in the name of legitimate authority: that is, a pedagogical, cathartic use of a public spectacle of horror. It is opposed to murder, vengeance, conspiracy, or assassination carried out by royal fiat. During the period 1550-1650, rich in political upheavals, the drama shifts the problematic that determines the violent act of execution and the law that underpins it. Strategies of dramatic narrative and stage representation interrogate the powersand the reactions of the audience. The latter, formed by experience, by religious theatre (in which executions are considered a sanctified norm), sometimes even by the uncertain boundary surrounding the power of the distant monarchs of Antiquity, are faced with values characterising executions in the early modern period that would seem to clash: the ambiguous relations between implicit royal power and the explicit due process of law ; between the sovereign’s personal choices and those of his advisors; between passion and justice; between the enjoyment of violence and narrative decorum; between efficiency and legality ; all these elements raise questions concerning the legitimacy of the established order.

Marie-Madeleine Fragonard, Professeur émérite de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, travaille sur les aspects littéraires, historiques et religieux des textes de la période des Guerres de religion. Outre 150 articles, elle a travaillé à l’édition de plusieurs auteurs : Palissy, Paré, Etienne Pasquier, Rabelais, les Homélies de Pontus de Tyard, et en 2016 la Correspondance d’Agrippa d’Aubigné. Elle a coordonné plusieurs colloques, en particulier avec Jacques Berchtold : La Concurrence des genres historiques : sur l’historiographie des Guerres de religion (Droz, 2007) et La Mémoire des Guerres de religion II : enjeux politiques, enjeux religieux (Droz, 2009) ; avec Christian Biet et alii, Tragédies et récits de martyres, XVIe-XVIIe siècles (Garnier, 2009).
Marie-Madeleine Fragonard, Emerita Professor of the University of Sorbonne Nouvelle – Paris 3, works on literary, historical and religious aspects of texts during the period of the French religious wars (circa 1562–circa 1598). Apart from having published some 150 articles, she has edited or co-edited works by several authors: Palissy, Paré, Pasquier, Rabelais, the Homélies of Pontus de Tyard, and Agrippa d’Aubigné’s Correspondance in 2016. She has organised a number of conferences, in particular in conjunction with Jacques Berchtold: La Concurrence des genres historiques : sur l’historiographie de Guerres de religion (Droz, Geneva, 2007), and La Mémoire des Guerres de religion II : enjeux politiques, enjeux religieux (Droz, Geneva, 2009); and, with Christian Biet et al., Tragédies et récits de martyres, XVIe-XVIIe siècles (Garnier, Paris, 2009).

 

Caroline Labrune (Académie de Versailles) 

La mort n’est pas une fin. La scène d’exécution est-elle vraiment une « scène à faire » ?
Alors que la scène d’exécution semble être une « scène à faire » dans la tragédie du XVIIe siècle, elle se dissout parfois dans le néant. Dans Polyeucte martyr de Corneille et dans Athalie de Racine, elle devient une « scène à faire valoir » parce qu’elle s’efface devant des enjeux religieux supérieurs. De leur côté, dans Le Véritable Saint Genest et dans La Mort d’Agrippine, Rotrou et Cyrano de Bergerac ne développent pas l’exécution précisément parce qu’elle constitue d’ordinaire une « scène à faire ». Comme l’un rejette la tradition qui fait du martyre une gloire universellement reconnue, et que l’autre cherche à heurter son public de front, l’exécution devient une « scène à éviter ». Ainsi n’est-elle pas toujours une fin dans la tragédie du XVIIe siècle.
Executions and their omission in four Seventeenth Century French tragedies
Against all expectations, executions were not always staged or reported in seventeenth-century French tragedies. In Polyeucte martyr and in Athalie, Corneille and Racine barely mention the executions of their protagonists because they point to higher religious stakes. As for Rotrou and Cyrano de Bergerac, they chose not to stage executions in Le Véritable Saint Genest and in La Mort d’Agrippine precisely because they both knew that executions are almost a prerequisite for tragedies. Indeed, Rotrou rejected the tradition that perceives martyrdom as something that is universally acknowledged, and Cyrano de Bergerac aimed at outraging his audience in every way. Either way, staging the execution would have been counterproductive. That is why executions are not necessarily the dramatic climax of seventeenth-century French tragedies.

Caroline Labrune est une ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm et agrégée de lettres modernes. Elle est actuellement professeur dans l’enseignement secondaire.  En juillet 2018, elle a soutenu sa thèse, menée sous la direction de Georges Forestier et intitulée « Faut-il mourir pour que vive le roi ? La mort tragique face à` la succession monarchique dans le théâtre français du XVIIe siècle (1637-1691) ».
Caroline Labrune is a former student of the Ecole Normale Supérieure (Paris) and agrégée of French Literature.In July 2018, she defended her PhD thesis on the links between tragic death and monarchic succession in French seventeenth-century drama.

 

Bénédicte Louvat (Université Toulouse - Jean Jaurès)

Bénédicte Louvat est professeure de littérature française à l’université Toulouse – Jean Jaurès et travaille sur le théâtre français du XVIIe siècle. Elle a publié « L’Enfance de la tragédie » (1610-1642). Pratiques tragiques françaises de Hardy à Corneille (Paris, PUPS, 2014), a dirigé ou co-dirigé deux numéros de Littératures classiques (« Français et langues de France dans le théâtre du XVIIe siècle », n°87, 2015 et « Le “ théâtre provincial ” en France (XVIe-XVIIe siècle) », n°97, 2019, avec Pierre Pasquier) ainsi que quatre numéros d’Arrêt sur scène / Scene Focus. Elle dirige l’édition du Théâtre de Béziers (Paris, Classiques Garnier, t. I, 2019, deux tomes en préparation).
Bénédicte Louvat is Professor of French Literature at Université Toulouse – Jean Jaurès, specialised in seventeenth-century French drama. The author of « L’Enfance de la tragédie » (1610-1642): Pratiques tragiques françaises de Hardy à Corneille (Paris, PUPS, 2014), she has edited and co-edited two issues of Littératures classiques (“Français et langues de France dans le théâtre du XVIIe siècle”, n°87, 2015 and “Le ‘théâtre provincial’ en France (XVIe-XVIIe siècle)”, n°97, 2019, with Pierre Pasquier), as well as four issues of Arrêt sur scène / Scene Focus. She is currently editing volume 2 of Théâtre de Béziers after publishing volume 1 in 2019 (Paris, Classiques Garnier).

 

Nicholas Myers (IRCL, UMR 5186 CNRS et Université Paul-Valéry Montpellier 3)

Nicholas Myers a été Maître de Conférences en histoire anglaise moderne à l'université Paul-Valéry Montpellier 3 et membre de l'Institut de Recherche sur la Renaissance, l'âge Classique et les Lumières (UMR5186 CNRS) jusqu'en 2019. Il est l'auteur de publications portant sur Montaigne, le Prince et l'autorité en France et en Angleterre. Il a notamment organisé un colloque international sur Shakespeare et Montaigne à Paris en 2003. 

Nicholas Myers has been senior lecturer in early modern English history at the université Paul-Valéry Montpellier 3 and a member of the the Institute for Research on the Renaissance, the Neo-classical Age and the Enlightenment (UMR 5186 CNRS) until 2019. He is the author of a number of articles on Montaigne, the Prince and authority in France and England. He notably organized an international conference on Shakespeare and Montaigne in Paris in 2003. 

 

Nathalie Oziol (IRCL, UMR 5186 CNRS et Université Paul-Valéry Montpellier 3)

State Violence and Last Sentences in Thomas Kyd’s Spanish Tragedy
At a time when the last dying speeches of those condemned on the public scaffold were skilfully organised so as to reinforce the king’s power, Thomas Kyd’s most famous play, The Spanish Tragedy, is outstanding for the freedom with which it stages execution scenes and allows characters condemned to death to deliver their last speeches. Their words indicate abusive power, excessive violence and, therefore, an unjust justice enforced in the name of the monarch. The rhetoric of the condemned thus speaks the truth while the last dying speech takes on various forms, whether oral, written, or even posthumous, so as to create dramatic twists and, more significantly, allow the revenge which determines the play’s genre to take place.
Mises à mort et mise en mots : la langue des condamnés dans La Tragédie espagnole de Thomas Kyd
À une époque où les discours de condamnés sur l’échafaud public étaient minutieusement orchestrés de manière à renforcer le pouvoir du roi, la pièce la plus connue de Thomas Kyd, The Spanish Tragedy, se démarque tant par la liberté de représentation des scènes d’exécution que par la liberté de discours donnée aux personnages condamnés. Leurs paroles révèlent en fait des abus de pouvoir, une violence excessive et, donc, une justice injuste appliquée au nom du monarque. La langue du condamné se fait alors détentrice de vérité tandis que son discours se mue en une variété de formes différentes, tantôt orales, tantôt écrites, tantôt posthumes, de manière à créer des rebondissements dans l’intrigue dramatique, mais surtout de permettre à la vengeance qui définit le genre de la pièce d’avoir lieu.

Nathalie Oziol enseigne l’anglais au collège Paul Riquet de Béziers. Elle est membre de l’Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières (IRCL, UMR 5186) en tant que doctorante et rédige sa thèse intitulée « La Langue des condamnés dans le théâtre shakespearien » sous la direction de Nathalie Vienne-Guerrin et Jean-Christophe Mayer. Elle a également écrit son mémoire de Master sur les dernières paroles des condamnés dans les pièces historiques de Shakespeare sous leur direction en 2012.
Nathalie Oziol teaches English in Paul Riquet Middle School, Béziers. She is a doctoral member of the Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières (IRCL, UMR 5186), and she is writing her thesis entitled “Death sentences: The last words of the Condemned in Shakespearean Drama” under the supervision of Nathalie Vienne-Guerrin and Jean-Christophe Mayer. She also wrote her Master’s dissertation on the last speeches of the condemned in Shakespeare’s history plays under their supervision in 2012.

 

Pierre Pasquier (CESR, UMR 7323 CNRS et Université François Rabelais de Tours)

La réalisation technique des scènes d’exécution capitale sur la scène française du XVIIe siècle
Sur la scène française du XVIIe siècle, les exécutions capitales sont assez fréquentes. Mais si le texte des pièces concernées prouve souvent que ces exécutions ont été conçues pour se dérouler en scène, il ne fournit pas la moindre précision sur les modalités pratiques de leur réalisation. Désireux de réhabiliter le métier de comédien, quelques rares dramaturges parisiens ont cependant théâtralisé et dévoilé des trucages employés sur la scène contemporaine. Pour en savoir plus, il faut se tourner vers les grands mystères des XVe et XVIe siècles qui comportaient souvent des scènes d’exécution et surtout vers les documents relatifs à leur préparation. Ces documents prouvent l’existence de techniques et d’accessoires à secret permettant de représenter les scènes d’exécution de manière à la fois crédible et spectaculaire. Mais ce savoir s’est-il transmis aux comédiens du XVIIe siècle ? Un certain nombre d’éléments permettent d’en former l’hypothèse.
The Technical Staging of Executions in Seventeenth-Century French Theatre
Beheading scenes were not uncommon on the seventeenth-century French stage. But while the text of the plays frequently provides ample evidence that they were meant to be performed, it never supplies the slightest hint as to how they were actually staged. In their wish to restore the reputation of professional actors, a few Parisian dramatists did however hint at some of the theatrical tricks used on the contemporary stage. To get a closer view of them, however, one needs to turn to the texts of the main fifteenth- and sixteenth-century mystères, which often include beheading episodes, and chiefly to the documents relating to such stagings. These documents provide evidence of secret devices and tricks likely to help the rendering of such scenes in ways both credible and spectacularly effective. Whether those techniques were passed on to the seventeenth-century comedians remains uncertain, but a number of documents suggest that this may well have been the case.

Historien du théâtre et professeur émérite à l’Université François Rabelais de Tours et au Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance (CESR, UMR 7323), Pierre Pasquier étudie la dramaturgie, la scénographie, l’architecture théâtrale et le théâtre de dévotion en France au XVIIe siècle. Il a publié trois ouvrages : La Mimèsis dramatique au XVIIe siècle (Klincksieck, 1995) ; Le Mémoire de Mahelot (Champion, 2005) ; La représentation théâtrale au XVIIe siècle (co-dir. Anne Surgers, Armand Colin, 2011). Il a également procuré des éditions critiques de pièces de Rotrou, Pierre Corneille, Balthasar Baro, Brosse et Claude Ternet.
As a theatre historian, Pierre Pasquier, Emeritus Professor of the University of Tours at the Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance (CESR, UMR 7323), is a specialist of dramaturgy, staging techniques, architectural features and works of devotion of seventeenth-century French theatre. His main publications include La Mimèsis dramatique au XVIIe siècle (Klincksieck, 1995); Le Mémoire de Mahelot (Champion, 2005); La représentation théâtrale au XVIIe siècle (co-ed. Anne Surgers, Armand Colin, 2011). He has also provided critical editions of works by Rotrou, Pierre Corneille, Balthasar Baro, Brosse and Claude Ternet.

 

 

 

 

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