Institut de Recherche sur la Renaissance, l'âge Classique et les Lumières (IRCL - UMR 5186)


Logo CNRS


logoircl
Journal homepage

Accueil

 

Localisation et contacts

 

Axes de recherche

Membres

Formations

Centre de documentation

Partenaires

Manifestations
2017

 

Archives

Publications

 

Productions électroniques de l'IRCL

 

Médiathèque de l'IRCL

Liens

 

Intranet

 

Webmestre

 

Arrêt sur scène / Scene Focus
Une revue en ligne bilingue publiée par l'IRCL / A bilingual online journal published by the IRCL

 

N° 04 - 2015

 

Arrêt sur scène / Scene Focus
Scènes de nuit
/Night Scenes

 

Dirigé par / Edited by
Florence March (Université Paul-Valéry Montpellier 3, IRCL)
Magali Soulatges (Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse)
Patrick Taieb (Université Paul-Valéry Montpellier 3, IRCL)

174 pages

Illustration de couverture / Cover illustration : Bernard Richebé

 

Présentation / Presentation

 

Sommaire / Contents

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstracts and bio-biblios

 

 

Présentation / Presentation

 

Ce numéro propose d'aborder les scènes de nuit dans les arts du spectacle vivant en France et en Angleterre, du XVIe au XVIIIe siècle. Il présente la réflexion collective qui a été menée lors du colloque-festival organisé par l'Institut de recherche sur la Renaissance, l'âge Classique et les Lumières (IRCL, UMR 5186 CNRS – Université Paul-Valéry Montpellier 3) à Montpellier du 18 au 20 juin 2014, en partenariat avec le festival Le Printemps des comédiens, la Chapelle Gély, l'École Nationale d'Art Dramatique de Montpellier (ENSAD) et la Guilford School of Acting.

 

Ont collaboré à ce numéro : Pauline Beaucé, Yan Brailowsky, Renaud Bret-Vitoz, Alain Cabantous, Boris Donné, Andrew Hiscock, Catherine Kintzler, Judith le Blanc, Bénédicte Louvat-Molozay, Jean-Marie Maguin, Marc Martinez, Nathalie Rivère de Carles, Franck Salaün.

 

This issue investigates night scenes in the performing arts in France and England from the sixteenth to the eighteenth centuries. The articles and performances gathered in this issue were originally presented at a conference-festival organised by the Institute for Research on the Renaissance, the Neo-Classical Age and the Enlightenment (IRCL) in Montpellier from 18 to 20 June 2014, in partnership with the Montpellier festival Le Printemps des comédiens, la Chapelle Gély, Montpellier's National School of Acting (ENSAD) and the Guilford School of Acting.

 

Contributors : Pauline Beaucé, Yan Brailowsky, Renaud Bret-Vitoz, Alain Cabantous, Boris Donné, Andrew Hiscock, Catherine Kintzler, Judith le Blanc, Bénédicte Louvat-Molozay, Jean-Marie Maguin, Marc Martinez, Nathalie Rivère de Carles, Franck Salaün.

 

Sommaire / Contents

 

Florence March, Magali Soulatges et Patrick Taïeb
Prologue : p. 1-12

Vidéo : Reportage sur le colloque-festival « Scènes de nuit dans les arts du spectacle vivant (France-Angleterre, XVIe-XVIIIe siècles) », Montpellier, 18-20 juin 2014.

 

I Histoire et enjeux théoriques

Alain Cabantous (IHMC – Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
La nuit entre histoire et littérature – France-Angleterre (fin XVIe - début XIXe siècle) : p. 13-20

Jean-Marie Maguin (IRCL – UMR 5186 du CNRS, Université Paul-Valéry Montpellier 3)
Faire entendre la nuit. Techniques de présentation scénique du nocturne (Moyen Âge – Renaissance anglaise) : p. 21-32

Vidéo : Faire entendre la nuit, conférence filmée (Jean-Marie Maguin)

Andrew Hiscock (Bangor University, Wales)
« Fruit of that monst’rous night ! » : Le théâtre anglais 1660-1760 et les plaisirs de la nuit : p. 33-48

Catherine Kintzler (Université Charles-de-Gaulle – Lille 3)
Nuit quotidienne, nuit spectaculaire, nuit absolue. Quelques réflexions sur le théâtre héroïque français (parlé et lyrique) de l'âge classique : p. 49-58

Vidéo : Conférence-concert « Scènes de nuit dans l'opéra-comique à l'époque de Diderot… et des bougies » (étudiants en master de musicologie à l'Université Paul-Valéry Montpellier 3, sous la direction de Clément Lanfranchi, Julie Méjean-Perbost et Patrick Taïeb)
Vidéo 0 - Vidéo 1 - Vidéo 2 - Vidéo 3 - Vidéo 4 - Vidéo 5 - Vidéo 6 - Vidéo 7 - Vidéo 8 - Vidéo 9 - Vidéo 10
Livret du spectateur : conférence-concert « Scènes de nuit dans l'opéra-comique à l'époque de Diderot… et des bougies »

Yan Brailowsky (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)
La nuit genrée, ou l'obscure clarté des scènes anglaises : p. 59-70

 

II Dramaturgies et scénographies

Nathalie Rivère de Carles (Université Toulouse – Jean Jaurès)
Négocier la dramaturgie de la nuit : l’ambassadeur comme faiseur de nuit sur la scène jacobéenne : p. 71-86

Vidéo : Night Horses (Jacquelyn Bessel, Phyllida Crowley Smith et la Guilford School of Acting)

Vidéo : Conférence-lecture « Scènes de nuit dans le théâtre shakespearien » (étudiants en licence et master d'études anglophones à l'Université Paul-Valéry Montpellier 3, élèves comédiens de l'ENSAD, sous la direction de Florence March et Julie Méjean-Perbost) : 19 décembre 2013, ENSAD

Vidéo : Conférence-lecture « Scènes de nuit dans le théâtre shakespearien » : 19 juin 2014, Maison des Chœurs Montpellier

Vidéo : Rencontre du public avec les interprètes de la conférence-lecture(19 juin 2014, Maison des Chœurs Montpellier)

Bénédicte Louvat-Molozay (IRCL – UMR 5186 du CNRS, Université Paul-Valéry Montpellier 3)
Dramaturgies de la nuit dans le théâtre français (1610-1670) : p. 87-98

Vidéo : Nuit baroque (Anne-Guersande Ledoux, avec les étudiants et enseignants des départements de Lettres et d'Arts du Spectacle, Université Paul-Valéry Montpellier 3)

Feuille de salle du spectacle Nuit baroque

Boris Donné (Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse)
« Le ciel s’est habillé ce soir en Scaramouche » : les nocturnes de Molière : p. 99-112

Marc Martinez (Université de Rouen)
Rencontres galantes et méprises de la nuit : tradition comique et théâtralité sur la scène anglaise du XVIIIe siècle : p. 113-123

Pauline Beaucé (Université Bordeaux Montaigne)
Les scènes de nuit sous l’œil des parodistes au XVIIIe siècle : p 125-134.

Judith le Blanc (Université de Rouen)
« Écoute : si on ne les voit, on les entend » : potentialités dramaturgiques des scènes de nuit dans l'opéra comique du XVIIIe siècle : p. 135-150

Renaud Bret-Vitoz (Université Toulouse – Jean Jaurès)
« Les avant-coureurs du trépas » : les préparatifs de la scène nocturne dans Didon (1734-1746) de Lefranc de Pompignan : p. 151-163

Franck Salaün (IRCL – UMR 5186 du CNRS, Université Paul-Valéry Montpellier 3)
La nuit des indigents. À propos du Père de famille de Diderot et de L’Indigent de Mercier : p. 165-174

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstracts and bio-biblios

 

Pauline Beaucé (Université Bordeaux Montaigne)

Les scènes de nuit sous l’œil des parodistes au XVIIIe siècle
L’activité dramatique au XVIIIe siècle est marquée par l’essor de la pratique parodique : rares sont les œuvres à succès, des opéras aux drames en passant par les tragédies et les opéras-comiques, qui n’ont pas suscité de réécritures burlesques. Dans le cas de l’étude des scènes de nuit, la parodie théâtrale pose d’intéressantes questions. En effet, ces pièces développent un comique franc, largement hérité de la commedia dell’arte et de ses avatars français, tout en questionnant l’emploi de la scène de nuit dans les genres sérieux. À partir d’un large corpus, cet exposé tentera de comprendre comment les parodistes réussissent à dévoiler la facticité de certaines scènes de nuit tout en les chargeant de significations nouvelles (comique, satirique, voire érotique). « La nuit, ma foi, même les plus clairvoyants ne voient goutte » (Bagare, parodie de Tarare de Beaumarchais et Salieri par Mague de Saint-Aubin) : peu importe l’œuvre prise pour cible, la parodie offre aux spectateurs une vision plus concrète de la nuit au théâtre.
Night scenes reconsidered by the eighteenth-century parodists
The dramatic activity in the eighteenth century was characterised by the rise of parodies : almost all successful dramatic works (operas, dramas, tragedies, comic-operas...) were rewritten in a burlesque mode. With regard to night scenes, theatrical parodies raise interesting questions. As a matter of fact, they develop plain comedy, largely inherited from the commedia dell'arte and its French avatars, while questioning the use of night scenes in serious genres. Drawing on a wide-ranging corpus, this paper proposes to show how parodists manage to bring out the artificiality of some night scenes while granting them new significance (either comical, satirical or erotic). "At night, in faith, even the most perceptive can see nothing" (Bagare, a parody of Tarare by Beaumarchais and Salieri by Mague of Saint-Aubin). Whatever the work targeted, parody provides the audience with a more tangible vision of night on stage.
Pauline Beaucé est maître de conférences en arts du spectacle à l’Université Bordeaux Montaigne et membre du Centre d’études des théâtres de la Foire et de la Comédie-Italienne (Université de Nantes). Ses travaux portent sur l’histoire du théâtre au XVIIIe siècle, notamment sur le théâtre musical et les formes dites mineures. Elle a publié Parodie d’opéra au siècle des Lumières, évolution d’un genre comique (PUR, 2013), ainsi que plusieurs éditions critiques dont le Pygmalion de Rousseau et sa parodie (Espaces 34, 2012).
Pauline Beaucé is a lecturer in performing arts at the University Montaigne Bordeaux and a member of the Centre d’études des théâtres de la Foire et de la Comédie-Italienne (at the University of Nantes). Her research focuses on the history of theatre in the eighteenth century, including musical theatre and minor forms. She has published Parodie d’opéra au siècle des Lumières, évolution d’un genre comique (PUR, 2013), as well as several critical editions, including Pygmalion by Rousseau and its parody (Espaces 34, 2012).

 

 

Yan Brailowsky (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

La nuit genrée, ou l’obscure clarté des scènes anglaises
Si les Français parlent d’elle au féminin, la nuit n’a pas de genre en anglais. Pourtant, malgré la neutralité grammaticale de « night », la nuit anglaise est parfois genrée. Ainsi, comme dans Roméo et Juliette, les vierges peuvent agir tout en dissimulant leur gêne à leurs amants sous couvert de l’obscurité. Si la nuit est propice aux jeux de l’amour, elle l’est aussi à la mort. Comme on le voit dans Macbeth, Satan aime à agir in media nocte. C’est pourquoiLady Macbeth apostrophe la nuit et les enfers avant d’assassiner dans le secret. Carpe noctem. En prenant en compte les lieux utilisés lors des représentations théâtrales de l’époque et en s’appuyant sur deux œuvres appartenant à différents genres dramatiques, cet article montre que, loin d’être uniforme, le paysage nocturne féminin est paradoxalement peut-être plus riche encore que celui que l’on voit en plein jour. La nuit genrée, une obscure clarté ?
Gendered night, or the nocturnal brightness of the early modern English stage
In French, critics speak of the night using feminine terms, but the term is grammatically neutral in English. Despite this neutrality, night may be gendered. In Romeo and Juliet, virgins hide their shame from their lovers by hiding in the dark. If night is consecrated for love games, it is also a time for death. In Macbeth, Satan acts in media nocte, and Lady Macbeth calls on night and the « ministers of hell » to murder in secret. Carpe noctem. This paper will discuss the different loci used in Elizabethan and early Jacobean drama, as well as the different literary genres, to describe the rich variety of the plays’ gendered nocturnal landscapes. The Shakespearean « gendered » night may prove more revealing than plain daylight.
Yan Brailowsky est maître de conférences à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, accueilli en délégation à l’IRCL en 2013-2014. Il est l’auteur d’études sur Le Conte d’hiver de Shakespeare (Presses Universitaires de France, 2010) et Le Roi Lear (SEDES, 2008), et a codirigé 1970-2010, Les Sciences de l’Homme en débat (Presses Universitaires de Paris Ouest, 2013), « A sad tale’s best for winter » : Approches critiques du Conte d’hiver de Shakespeare (Presses Universitaires de Paris Ouest, 2011), Le Bannissement et l’exil en Europe aux XVIe et XVIIe siècles (Presses Universitaires de Rennes, 2010), et Language and Otherness in Renaissance Culture (Presses Universitaires de Paris Ouest, 2008).
Yan Brailowsky is a lecturer in Early Modern Literature and History at the University of Paris Ouest Nanterre La Défense (France). He is the author of The Spider and the Statue : Poisoned innocence in The Winter’s Tale (Presses Universitaires de France, 2010) and William Shakespeare : King Lear(SEDES, 2008), and has co-edited : 1970-2010, Les Sciences de l’Homme en débat (Presses Universitaires de Paris Ouest, 2013), « A sad tale’s best for winter » : Approches critiques du Conte d’hiver de Shakespeare (Presses Universitaires de Paris Ouest, 2011), Le Bannissement et l’exil en Europe aux XVIe et XVIIe siècles (Presses Universitaires de Rennes, 2010), and Language and Otherness in Renaissance Culture (Presses Universitaires de Paris Ouest, 2008).

 

Renaud Bret-Vitoz (Université Toulouse – Jean Jaurès)

« Les avant-coureurs du trépas » : les préparatifs de la scène nocturne dans Didon (1734-1746) de Lefranc de Pompignan
En une décennie (de 1734 à 1746), l’évolution du style de Lefranc dans sa tragédie Didon rend apparents les différents choix esthétiques d’une intense période de création artistique, singulièrement à travers la réécriture de sa scène de nuit au dénouement. Au temps où les hallucinations tragiques ne sont toujours pas réalisées de manière convaincante sur la scène, des signes « avant-coureurs », selon Lefranc, peuvent traduire scéniquement l’épaisseur envahissante des ténèbres, les ombres propices aux apparitions et aux jeux d’espace, comme dans des tableaux saisissants. Ces suggestions textuelles d’une nuit enveloppante sont portées par une interprétation dramatique habitée et bénéficient des balbutiements des premiers jeux de lumière et des atténuations de l’éclairage au théâtre. Dans les scènes du dernier acte de Didon, une atmosphère caractérisée remplace alors l’éloquence poétique et réalise matériellement le « tableau effrayant » inspiré directement du poème virgilien.
« Funeral harbingers » in Dido’s night scene (1734-1746) by Lefranc de Pompignan
In the course of a decade (from 1734 to 1746), all the features of French tragedy can be found in Lefranc’s successive rewritings of Dido, especially in the night scene at the end of the play. At a time when tragic hallucinations could not yet be recreated on stage in a convincing way, several « harbingers » could, according to Lefranc, theatrically transpose the pervasive thickness of darkness, and shadows conjuring up ghostly apparitions, as seen in dramatic paintings. Moreover, these literary signs of a tangible night are brought about by actors' performances and by early experiments with stage lighting, such as dimming. Thus, in the last scene of the tragedy of Dido, the poetic eloquence was replaced by a visual ambience that materialises on stage the terrifying Virgilian « tableau ».
Renaud Bret-Vitoz est maître de conférences en arts du spectacle à l’Université Toulouse – Jean Jaurès et membre du laboratoire LLA-CREATIS. Il a publié sa thèse, dirigée par Pierre Frantz : L’Espace et la scène : dramaturgie de la tragédie française 1691-1759 (Oxford, SVEC, 2008), ainsi que l’édition critique de Guillaume Tell de Lemierre (PUR, 2005) et Cirey en Champagne, avec Voltaire (Bleulefit, 2011). Il a participé à l’anthologie du Théâtre français du XVIIIe Siècle (L’Avant-Scène Théâtre, 2009), dirigé le volume d’actes sur Espace et énonciation (2012) et écrit une quarantaine d’articles sur Voltaire, Marivaux et le théâtre du XVIIe au XIXe siècle. Il fait partie de l’équipe qui prépare l’édition du Théâtre complet de Voltaire aux éditions Classiques Garnier.
Renaud Bret-Vitoz is a senior lecturer at the Depertmelt0of Performing Arts of the University Toulouse – Jean Jaurès and fellow of the research group LLA-CREATIS. He has published his PhD, supervised by professor Pierre Frantz (Paris-Sorbonne), L’Espace et la scène : dramaturgie de la tragédie française 1691-1759 (Oxford, SVEC, 2008), and edited Guillaume Tell, a tragedy byLemierre (PUR, 2005), and Cirey en Champagne, avec Voltaire (Bleulefit, 2011). He is the author of some forty articles on Voltaire, Marivaux and the French theatre from the seventeenth to the nineteenth centuries. He has contributed to Théâtre français du XVIIIe Siècle (L’Avant-Scène Théâtre, 2009), and supervised the collected edition Espace et énonciation (2012). He is currently part of the team editing Théâtre complet de Voltaire (Classiques Garnier).

 

Alain Cabantous (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

La nuit, un objet entre histoire et littérature (France-Angleterre, fin XVIe - début XIXe siècles)
Cet exposé aura pour objectif de déterminer l’historicité d’un espace-temps que les chercheurs historiens ont interrogé à la fois très tardivement et souvent très superficiellement eu égard aux autres sciences humaines. Peut-être parce que, en reprise des injonctions institutionnelles, la nuit était faite pour dormir, une sorte de parenthèse nécessaire, un suspens des heures laborieuses. Dès lors, son épaisseur existentielle se limitait-elle au sommeil impératif ou à la transgression redoutée, constituant par là un enjeu entre les pouvoirs et l’individu ? Ne possédait-elle pas ses propres scansions, ses spécificités sociales et culturelles qui l’inscrivaient comme une temporalité autonome qui n’aurait été en rien un envers diurne ? Le champ chronologique choisi permettra aussi de saisir la nature éventuelle des changements du contenu nocturne, dont les effets furent peut-être radicaux, faisant alors de la nuit, et au-delà des invariants, un objet d’histoire à part entière.
Night : a hybrid object at the crossroads between history and literature (France-England, 17th-19th centuries)
This paper purposes to determine the historicity of a space and time that historians have started studying much later and more superficially than other social and human sciences. Because institutions have repeatedly asserted that night is for sleeping, that it is a necessary break after working time, the existential significance of night may have been reduced to either vital sleep or dreaded transgression, thereby becoming an issue between the authorities and the individual. Yet the night possesses its own rhythm, its own social and cultural characteristics that establish it as an autonomous timeframe rather than the mere opposite of daytime. The chronological span under study also allows an insight into the nature of the changes in the contents of night-time, which may have had radical consequences, turning the night, beyond invariants, into a fully-fledged research subject of its own for historians.
Alain Cabantous, professeur en histoire moderne à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, travaille essentiellement dans deux domaines : l’histoire sociale des populations maritimes de l’Europe du Nord-Ouest ; l’histoire sociale de la culture occidentale aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ses derniers ouvrages parus sont : Le dimanche, une histoire (1600-1830), Paris, Le Seuil, 2013 ; Histoire du blasphème en Occident, Paris, Albin Michel, 2015 (2e éd. revue).
Alain Cabantous is professor of modern history at the University Pantheon-Sorbonne. He works primarily in two fields : the social history of the maritime populations of North-West Europe, and the social history of seventeenth- and eighteenth-century western culture. He has recently published Le dimanche, une histoire (1600-1830), Paris, Le Seuil, 2013 ; and Histoire du blasphème en Occident, Paris, Albin Michel, 2015 (second revised edition).

 

Boris Donné (Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse)

« Le ciel s'est habillé ce soir en Scaramouche » : les nocturnes de Molière
Molière avait su apprécier les effets des scènes de nuit au théâtre : aussi son œuvre en comporte-t-elle un assez grand nombre, que cet article passe en revue, avant d’en repérer brièvement les modèles (la commedia dell’arte, la comedia espagnole, sans oublier les comédies de Corneille). Peu de documents nous renseignent sur la dimension visuelle, quasi picturale, de ces nocturnes, et sur les artifices scénographiques qu’ils mobilisaient ; il est cependant possible d’avancer quelques conjectures sur ces questions. Enfin, dans la mesure où les scènes de nuit ont le plus souvent chez Molière quelque chose d’attendu et de très codifié, on propose de les analyser comme une sorte de théâtre comique au second degré, allégorisant sous l’habit de nuit de Scaramouche certains des traits essentiels de la comédie.
« The sky has dressed itself tonight as Scaramouche » : Molière’s nocturnes
Because Molière knew how to appreciate the effects of night scenes on stage, a large number of such scenes can be found in his works. This paper purposes to review them, and focus on their models (commedia dell’arte, Spanish comedia, as well as Corneille’s comedies). Few documents give an insight into the visual, quasi-pictorial dimension of these night scenes and the stage devices they resorted to. Several hypotheses can nevertheless be put forward. As Molière's night scenes contain a number of expected and highly codified elements, this paper will analyse them as a sort of comic theatre at second level, allegorising in Scaramouche’s night vesture some of the essential aspects of comedy.
Boris Donné, ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de lettres, est maître de conférences en littérature du XVIIe siècle à l’Université d’Avignon.
Boris Donné graduated from the École normale supérieure; he is an associate professor in modern literature, and a lecturer in seventeenth-century French literature at the University of Avignon.

 

Andrew Hiscock (Bangor University, Wales)

« Fruit of that monst’rous night ! » : Le théâtre anglais (1660-1760) et les plaisirs de la nuit
Cet article vise à mettre au jour des leitmotivs signifiants dans les représentations théâtrales de « la nuit monstrueuse » en Angleterre, de la fin du XVIIe au XVIIIe siècle. Au fur et à mesure que l’on s’interroge sur le théâtre anglais de cette époque, l’on s’aperçoit en effet que les dramaturges répondent volontiers aux usages théâtraux et explorent les symboles de la nuit déjà posés en grande partie par leurs prédécesseurs, à savoir les dramaturges de la période médiévale et de la première modernité. Les pièces tragiques de la Renaissance, de la Restauration et du siècle des Lumières ont souvent bénéficié des débats sur la fonction de l’obscurité dans les récits créés sur scène entre le XVIe et le XVIIIe siècles : la présente discussion entend à son tour réfléchir, à partir d’un large corpus, sur la variété des expériences nocturnes présentées aux publics londoniens durant cette période, aussi bien dans les comédies que dans les satires et le théâtre musical.
« Fruit of that monst’rous night ! » : English theatre (1660-1760) and the pleasures of the night
This article focuses upon the dominant leitmotifs in the staging of « monst’rous night » on the English stage from the end of the seventeenth to the middle of the eighteenth century. As this period of theatre history is explored, it soon becomes apparent that dramatists were responding keenly to dramatic conventions and figurative representations of night which to a great extent were inherited from their predecessors writing for the stage – which is to say the dramatists of the medieval and Elizabethan/Jacobean periods. Tragedies dating from the early modern period, the Restoration and the eighteenth century have been afforded a good measure of scholarship concerning the dramatic status and functions of staging night scenes. The present discussion for its own part ranges across a large corpus of playtexts from the period and considers the presentations of the experience of night on the London stage from 1660 to 1760 in tragic, comic, satirical, musical drama and opera.
Andrew Hiscock est professeur de littérature anglaise (Université de Bangor, Pays de Galles), docteur en littératures anglaise et française, et Fellow de l’Association Anglaise. Il dirige la série Yearbook of English Studies et co-dirige la série Arden Early Modern Drama Guides. Il est aussi un des directeurs (littératures anglophones) de la revue académique Modern Language Review. Sa thèse en études théâtrales, publiée en 1996, portait sur les théâtres de Shakespeare et Racine. Depuis lors, ses recherches se poursuivent dans le domaine des littératures de la première modernité. Reading Memory in Early Modern Literature (Cambridge University Press) et Middleton : Women Beware Women (Bloomsbury/Arden) font partie de ses dernières publications. Il co-dirige actuellement Oxford Handbook of Early Modern English Literature and Religion (Oxford University Press, avec Helen Wilcox), Shakespeare and Memory (Routledge, avec Lina Perkins Wilder), et prépare une étude consacrée aux pièces historiques de Shakespeare.
Andrew Hiscock is professor of English Literature at Bangor University (Wales), Fellow of the English Association and was awarded his doctorate in English and French Renaissance literature. He is series editor for the Yearbook of English Studies and series co-editor for the Arden Early Modern Drama Guides. He is also Editor (English & American literature) for the academic journal MLR. His doctoral studies, published in 1996, focused upon the drama of Shakespeare and Racine. Since that time, his research has continued to focus on a range of aspects of early modern literature. His most recent publications include Reading Memory in Early Modern Literature (Cambridge University Press) and Middleton : Women Beware Women (Bloomsbury/Arden). At the moment he is co-editing the Oxford Handbook to Early Modern English Literature and Religion (Oxford University Press, with Helen Wilcox), Shakespeare and Memory (Routledge, with Lina Perkins Wilder), and is preparing a monograph concentrating upon Shakespeare’s history plays.

 

Catherine Kintzler (Université Charles-de-Gaulle – Lille 3)

Nuit quotidienne, nuit spectaculaire, nuit absolue. Quelques réflexions sur le théâtre héroïque français (parlé et lyrique) de l'âge classique
Que faut-il entendre par « scène de nuit »? De telles scènes permettent-elles d'opposer théâtre parlé et opéra ? On distingue trois espèces de nuits :
La nuit quotidienne, en relation à la question de l'unité de temps. La tragédie parlée ne l'exclut pas, mais une scène qui se déroule la nuit est-elle pour autant une scène de nuit ?
La nuit spectaculaire, en relation à la modalité de la représentation. Fréquente à l'opéra où elle accueille fêtes, incendies, éclipses, lieux infernaux, elle est aussi une condition fondamentale de visibilité du théâtre.
La nuit absolue dont les deux aspects (cosmologique et moral) réunissent et opposent à la fois théâtre parlé et théâtre lyrique. L’opéra la met en scène dans une cosmologie merveilleuse qui n’est pas toujours frivole. Mais, à la tragédie parlée, la nuit morale de la noirceur des âmes est éclairée a giorno d’une lumière insoutenable.
Everyday night, spectacular night, absolute night. About heroic spoken and lyric French theatre (17th - 18th centuries)
What does « night scene » mean ? Can we oppose spoken theatre and opera through such scenes ? In this paper, we consider three kinds of night :
Everyday night, related to the question of time unit. Spoken tragedy does not exclude it, but does a scene qualify as a night scene only because it takes place during the night ?
Spectacular night, related to the mode of representation. It frequently occurs in operas (parties, fires, eclipses, infernal places…), but it is also a fundamental condition for the visibility of the theatre.
Absolute night. Two kinds of absolute night (cosmological and moral) simultaneously bring together and oppose opera and spoken theatre. Opera stages absolute night as a marvellous cosmology which is not always frivolous. But in spoken tragedy, an absolute night of moral darkness is lit a giorno by an unbearable light.
Catherine Kintzler, professeur honoraire à l'Université Charles-de-Gaulle – Lille 3, est vice-présidente de la Société française de philosophie. Ses travaux portent sur la philosophie de l'art et sur la philosophie politique. Ses principales publications incluent : Penser la laïcité (Paris, Minerve, 2014), Jean-Philippe Rameau, splendeur et naufrage de l'esthétique du plaisir à l'âge classique (Paris, Minerve, 2011 ; 1983), Poétique de l'opéra français de Corneille à Rousseau (Paris, Minerve, 2006 ; 1991), Théâtre et opéra à l'âge classique (Paris, Fayard, 2004), Condorcet, l’instruction publique et la naissance du citoyen (Paris, Folio-Essais, 1987 ; Minerve, 1984). Son blog est consultable à l'adresse suivante : http://www.mezetulle.fr/
Catherine Kintzler, honorary professor at the University Charles-de-Gaulle – Lille 3, is a staff member of the French Society of philosophy. Her research focuses on the philosophy of art and political philosophy. Her main publications include : Penser la laïcité (Paris, Minerve, 2014), Jean-Philippe Rameau, splendeur et naufrage de l'esthétique du plaisir à l'âge classique (Paris, Minerve, 2011 ; 1983), Poétique de l'opéra français de Corneille à Rousseau (Paris, Minerve, 2006 ; 1991), Théâtre et opéra à l'âge classique (Paris, Fayard, 2004), Condorcet, l’instruction publique et la naissance du citoyen (Paris, Folio-Essais, 1987 ; Minerve, 1984). She keeps a blog : http://www.mezetulle.fr/

 

 

Judith le Blanc (Université de Rouen)

« Écoute : si on ne les voit, on les entend » : potentialités dramaturgiques des scènes de nuit dans l'opéra comique du XVIIIe siècle
L’article propose, à partir d’études de cas (notamment empruntés à Sedaine), de repérer les différents types de scènes de nuit, et la conjonction entre les effets nocturnes, les moyens scénographiques et les procédés musicaux aptes à peindre la nuit dans l’opéra-comique de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les scènes de nuit constituent par rapport au monde réel – qui est souvent celui du dialogue parlé – une plongée dans l’intériorité du personnage (principalement féminin), et en ce sens elles ont un lien avec la présence de la musique comme mode d’entrée dans un monde « autre ». Il apparaît que la nuit apporte une coloration particulière (qui peut être comique, fantastique, poétique, féérique ou romantique) et permet de varier les sphères génériques à l’intérieur d’une même œuvre. Si l’on considère que nombreuses sont les nuits qui occasionnent des « romances », l’opéra-comique apparaît dès lors comme un laboratoire du romantisme.
« Listen : if you can't see them, you can hear them » : the dramatic potential of night scenes in eighteenth-century French comic opera
Starting from case studies borrowed from Sedaine, this article presents different types of night scenes and considers the conjunction between night effects, scene effects and the musical tools that are used to depict night in the comic opera of the second half of the eighteenth century. In contrast with the real world (which is often the world of spoken dialogue), night scenes take us into the inner self of (mostly female) characters, with music as a means to enter another world. Night scenes take specific hues (either comic, fantastic, poetic, romantic or fairytale-like) and vary the spectrum of genres that are resorted to within the same opera. Since the nights that occasion romances are many, the comic opera can be envisioned as a genre in which romanticism could be experimented and shaped.
Judith le Blanc est maîtresse de conférence en « littérature et arts » à l’Université de Rouen, dramaturge et metteuse en scène quand elle peut se mettre au service du spectacle vivant. Elle est l’auteure d’Avatars d’opéras. Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (Classiques Garnier, 2014) et d’articles consacrés au théâtre et à l’opéra des XVIIe et XVIIIe siècles. Elle a codirigé avec Herbert Schneider Pratiques du timbre et de la parodie d’opéra en Europe (XVIe-XIXe siècles),paru chez Olms, et co-dirige avec Marie-Cécile Schang la réédition du théâtre complet de Sedaine aux Classiques Garnier.
Judith le Blanc is a senior lecturer in Literature and Arts at the University of Rouen, she is also a dramaturge and stage director whenever she has time to dedicate herself to the performing arts. She wrote Avatars d’opéras. Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (Classiques Garnier, 2014) and published articles devoted to seventeenth and eighteenth century drama and opera. She co-edited Pratiques du timbre et de la parodie d’opéra en Europe (XVIe-XIXe siècles) with Herbert Schneider, published by Olms, and is currently co-editing Sedaine’s complete drama works with Marie-Cécile Schang for Classiques Garnier.

 

Bénédicte Louvat-Molozay (IRCL – UMR 5186 du CNRS, Université Paul-Valéry Montpellier 3

Dramaturgies de la nuit dans le théâtre français (1610-1670)
Contrairement à ce que peut laisser penser un examen limité à la période classique, le théâtre français du XVIIe siècle est directement concerné par la scène de nuit, mais l’est de manière discontinue et non homogène. Alors qu’elle est très présente dans les premières décennies, et qu’elle touche alors tous les genres dramatiques, la scène de nuit se raréfie dans la seconde moitié du siècle, en même temps qu’elle se spécialise et devient soit une séquence spectaculaire propre à l’opéra et aux pièces à machines, soit une séquence comique d’inspiration italienne. La première partie de l’étude s’attache ainsi à montrer, à partir de l’examen d’exemples empruntés à Hardy, Rotrou, Corneille ou Molière, quels sont les traits caractéristiques de la scène de nuit au cours des décennies 1610-1630 puis 1660-1670. La seconde partie est consacrée à l’examen des techniques qui furent probablement utilisées pour représenter de telles scènes et notamment aux deux principales : la réduction de l’intensité lumineuse d’une part, l’utilisation d’une toile représentant le ciel étoilé d’autre part.
The dramaturgies of night in French theatre and drama (1610-1670)
Contrary to what may be inferred from an analysis exclusively concerned with the corpus of the classical period, seventeenth-century French drama does incorporate night scenes, but in a discontinuous and heterogeneous manner. Whereas night scenes are frequent in the plays of the first decades, whatever their generic characteristics, they seldom appear in the plays of the second half of the century, when they simultaneously acquire more specific features. As a matter of fact, they either evolve into spectacular sequences in operas and plays resorting to stage machinery, or into comical sequences of Italian inspiration. This paper first attempts to bring out the main characteristics of night scenes from 1610 to 1630, and from 1660 to 1670, using examples from plays by Rotrou, Corneille and Molière. It then focuses on the study of techniques probably used to perform such scenes – two of them in particular : reducing luminous intensity and resorting to a canvas painted with a starry sky.
Bénédicte Louvat-Molozay est maître de conférences en littérature française habilitée à diriger des recherches à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, membre de l’IRCL (UMR 5186 CNRS) et de l’Institut universitaire de France. Elle est notamment l’auteur de Théâtre et musique. Dramaturgie de l’insertion musicale dans le théâtre français (1550-1680) (Champion, 2002) et L’« Enfance de la tragédie » (1610-1642). Pratiques tragiques françaises de Hardy à Corneille (PUPS, 2014). Elle a édité, seule ou en collaboration, des textes dramatiques (Rotrou, Mairet, Molière) ou théoriques (Laudun d’Aigaliers, Corneille) du XVIIe siècle et dirigé ou codirigé plusieurs volumes collectifs (dont Les Sons du théâtre. Angleterre et France (XVIe-XVIIIe siècle), PUR, 2013, avec Xavier Bisaro).
Bénédicte Louvat-Molozay is a senior lecturer in French literature at the University Paul-Valéry Montpellier 3, a member of the IRCL (UMR5186 CNRS) and of the Institut universitaire de France. She has published Théâtre et musique. Dramaturgie de l’insertion musicale dans le théâtre français (1550-1680) (Paris, Champion, 2002) and L’« Enfance de la tragédie » (1610-1642). Pratiques tragiques françaises de Hardy à Corneille (PUPS, 2014). She has edited or co-edited several plays (by Rotrou, Mairet, Molière) and theoretical works (by Laudun d’Aigaliers or Corneille), as well as several collections of essays (such as Les Sons du théâtre. Angleterre et France (XVIe-XVIIIe siècle), PUR, 2013, with Xavier Bisaro).

 

Jean-Marie Maguin (IRCL – UMR 5186 du CNRS, Université Paul-Valéry Montpellier 3)

Faire entendre la nuit. Techniques de présentation scénique du nocturne (Moyen Âge – Renaissance anglaise)
L’histoire des mises en scène du nocturne au Moyen Âge et à la Renaissance recoupe à peu près l’évolution des procédés utilisés par les peintres pour figurer l’ombre dans leurs tableaux. Toutefois, un divorce s’instaure entre peinture et théâtre dès le début du XVe siècle. Alors que les peintres découvrent le nocturne positif, les pièces de théâtre renoncent pendant plus d’un siècle et demi aux scènes de nuit pour des raisons qui ne peuvent susciter que des hypothèses de la part de la critique. Les représentations dramatiques diurnes et en plein air ne peuvent, au Moyen Âge comme plus tard à la Renaissance, suggérer le nocturne qu’en faisant appel à la gestuelle des comédiens, à des luminaires symboliques de divers types, et bien sûr au langage qui vient renforcer les éléments visuels. C’est l’évolution de ces chronographies qui est l’élément le plus remarquable, allant des « collages » maladroits des débuts à une intégration dans l’action dramatique de plus en plus inventive et naturelle.
Auditioning the night, staging night scene : some technical considerations (Middal Ages - English Renaissance)
The stage history of nocturnals during the Middle Ages and the Renaissance follows a line similar to the evolution of techniques used by painters to represent darkness until a great divide occurs at the beginning of the fifteenth century. While painters discover the secret of chiaroscuro, in drama, for over a century and a half, night scenes are totally avoided for reasons that can only challenge hypotheses on the part of the theatre historian. Diurnal performances in open-air theatres must turn to gesture and symbolic light sources suggest darkness, language being used to back up visual evidence. However, chronographies play an ever-greater role, evolving as they do from painfully artificial insets to smoothly dovetailed elements of the dramatic action.
Jean-Marie Maguin est professeur émérite de littérature anglaise à l'Université Paul-Valéry Montpellier 3 et membre de l’Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières (IRCL – UMR 5186 du CNRS). Il a publié de nombreux articles consacrés au théâtre de la Renaissance anglaise, et est l’auteur de La Nuit dans le théâtre de Shakespeare et de ses prédécesseurs (ANRT, Presses de l’Université de Lille 3, 1980) ; William Shakespeare (avec Angela Maguin), Fayard, Paris, 1996 (nominé pour le prix Goncourt de l’essai) ; Coriolanus, Shakespeare, Atlande, Paris, 2007. Il a codirigé (avec Line Cottegnies et François Laroque) Théâtre élisabéthain, 2 vol., Bibliothèque de la Pléiade (Paris, Gallimard, 2009).
Jean-Marie Maguin is emeritus professor of English Literature at the University Paul-Valéry Montpellier 3 and a member of the Institute for Research on the Renaissance, the Neo-Classical Age and the Enlightenment (IRCL – UMR 5186 CNRS). He is the author of many articles bearing on the English Renaissance and La Nuit dans le théâtre de Shakespeare et de ses prédécesseurs (ANRT, Presses de l’Université de Lille 3, 1980). He has published William Shakespeare (with Angela Maguin), Fayard, Paris, 1996 ; Coriolanus, Shakespeare, Atlande, Paris, 2007 ; and coedited (with Line Cottegnies and François Laroque) Théâtre élisabéthain, 2 vols, Bibliothèque de la Pléiade (Paris, Gallimard, 2009).

 

Marc Martinez (Université de Rouen)

Rencontres galantes et méprises de la nuit : tradition comique et théâtralité sur la scène anglaise du XVIIIe siècle
La scène de nuit dans le théâtre comique anglais du XVIIIe siècle s’inspire en grande partie des arlequinades jouées sur les scènes officielles de Londres par les saltimbanques venus du continent. Reprise dans les pantomimes en tomber de rideau et acclimatée dans les comédies régulières, la scène nocturne privilégie les rencontres galantes et les méprises multiples. Ses modalités de mise en œuvre dramaturgique, théâtrale et scénographique sont toutefois tributaires des mutations esthétiques, techniques et idéologiques. Issue d’intermèdes comiques aux formules convenues, elle en vient à établir sa propre tradition comique et scénique reflétée dans une écriture théâtrale tout entière vouée à l’acteur.
Romantic encounters and mistakes of the night : comic tradition and theatricality on the eighteenth-century English stage
The night scene in eighteenth-century English comedies draws heavily on the harlequinades acted in the London patent theatres by fairground performers from the Continent. Rehashed in pantomimic afterpieces and reworked in regular comedies, the night scene focuses on romantic encounters and multiple mistakes. Its dramatic, theatrical and scenographic design is dependent on aesthetic, technical and ideological advances. Inspired by formulaic comic interludes, it eventually establishes its own comic and scenic tradition conveyed by a type of stage writing entirely tailor-made for the actor.
Marc Martinez est professeur de littérature anglaise à l’Université de Rouen. Il est co-auteur d’un ouvrage, La Satire (2000), a publié des articles sur le comique dans la littérature du XVIIIe siècle ainsi que sur la satire graphique. Il a également contribué à des ouvrages en français et en anglais sur différents aspects du théâtre au XVIIIe siècle et de sa mise en scène.
Marc Martinez is professor of English literature at the University of Rouen. He is the co-author of La satire (Armand Colin, 2000) and has published a number of articles on humour in eighteenth-century literature, in addition to essays on graphic satire. He has also contributed essays in French and English to journals on various aspects of eighteenth-century drama and theatrical production.

 

Nathalie Rivère de Carles (Université Toulouse – Jean Jaurès)

« He tampers by night » : actes et acteurs diplomatiques sur la scène élisabéthaine
Dans une lettre à Jacques Ier, l’archevêque Abbot décrit la présence et l’action diplomatique sur le mode nocturne : « The lingering in England of the Spanish ambassador, Zuñiga, is very suspicious. He […] tampers by night with the Lieger ambassador from France ». Dans une ère où l’espace diplomatique échappe encore à l’ancrage spatial d’une résidence fixe, l’ambassadeur est figure de l’entre-deux dont le dire et le faire sont envisagés sur le mode symbolique et littéral de la nuit. Il est une source d’ombre venant redéfinir la lumière de l’autorité politique dans une dynamique paradoxale d’obstruction et d’apaisement. À travers l’étude de Catiline de Ben Jonson, cet article propose d’examiner comment la nuit participe à la définition du moment diplomatique dans le théâtre renaissant et accompagne la caractérisation paradoxale de la figure liminaire de l’ambassadeur sur scène.
« He tampers by night » : diplomatic agents and agency at night on the early modern stage
In a letter to James I, Archbishop Abbot reveals the nocturnal interpretation of early modern diplomatic agency : « The lingering in England of the Spanish ambassador, Zuñiga, is very suspicious. He […] tampers by night with the Lieger ambassador from France ». Early modern diplomatic spaces were fluctuant as official fixed residences did not yet exist and ambassadors were liminal figures whose speech and action were linked literally and symbolically with the night. The ambassador is a « shadow » who redefines the bright light of political authority in a paradoxical movement of obstruction and appeasement. This article offers to analyse the part played by night-time in diplomatic episodes on the early modern stage and how it helps defining both the temporal agency and the character of the ambassador. The study focuses on Ben Jonson’s Catiline by Ben Jonson.
Nathalie Rivère de Carles est maître de conférences à l’Université Toulouse – Jean Jaurès (CAS EA 801) spécialisée dans l’histoire matérielle et théâtrale et les figures et objets de médiation politique dans le théâtre anglais de la Renaissance. Elle est l’auteur de plusieurs chapitres d'ouvrages dont « Performing Materiality : Curtains on the Modern Stage » in Shakespeare’s Theatres and the Effects of Performance (Arden Shakespeare, 2013). Elle a édité The Two Gentlemen of Verona pour The Norton Shakespeare, third edition (W. W. Norton, 2015), et travaille à la parution de deux ouvrages : Forms of Diplomacy (Presses Universitaires du Midi, 2015) et Early Modern Diplomacy, Soft Power and Theatre : the Making of Peace (Palgrave, 2016).
Nathalie Rivère de Carles is reader at the University of Toulouse. Her research interests cover the material and performance history of Elizabethan to Caroline drama and the representation of cultural and political exchanges in early modern plays. She is the author of a chapter on « Performing Materiality : Curtains on the Modern Stage » in Shakespeare’s Theatres and the Effects of Performance (Arden Shakespeare, 2013), and the textual editor of The Two Gentlemen of Verona for The Norton Shakespeare, third edition (W. W. Norton, 2015). She is currently working on two volumes : Early Modern Diplomacy, Soft Power and Theatre : the Making of Peace (Palgrave, 2016) and Forms of Diplomacy (Presses Universitaires du Midi, 2015).

 

Franck Salaün (IRCL – UMR 5186 CNRS, Université Paul-Valéry Montpellier 3)

La nuit des indigents. À propos du Père de famille de Diderot et de L’Indigent de Mercier
Cet article porte sur les activités nocturnes dans Le Père de famille de Diderot, qui débute alors que « la nuit est fort avancée », et dans L’Indigent de Mercier, qui s’ouvre sur ces mots « Quatre heures sonnent ! ». À partir de ces deux exemples, on s’interroge sur les contraintes que la poétique des conditions ajoute au traitement de la nuit et sur les effets de ces contraintes.
The night of the destitute. About Le Père de famille by Diderot and L’Indigent by Mercier
This paper focuses on night activities in Le Père de famille by Diderot, which starts as « the night is far advanced », and in L’Indigent by Mercier, which opens with these words : « The clock strikes four in the morning ! ». On the basis of these two examples, the paper examines the constraints that the poetics of conditions adds to the treatment of night, as well as the effects of such constraints.
Franck Salaün est professeur de littérature française à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 et membre de l’Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières (IRCL – UMR 5186 du CNRS). Il a notamment dirigé les ouvrages suivants : Marivaux subversif ? (Desjonquères, 2003), Le Spectateur de théâtre à l’âge classique (avec B. Louvat-Molozay, L’Entretemps, 2008), Diderot et les spectacles (avec M. Buffat, Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie 47, 2012), et La Scène de reconnaissance dans les théâtres français et anglais, XVIe-XVIIIe siècles (avec B. Louvat-Molozay et N. Vienne-Guerrin, revue Arrêt sur scène / Scene Focus 2, 2013).
Franck Salaün is professor at the University Paul-Valéry Montpellier 3, a member of the Institute for Research on the Renaissance, the Neo-Classical Age and the Enlightenment (IRCL – UMR 5186 CNRS), and a specialist of eighteenth-century French literature. He has edited or co-edited several books and issues of scholarly journals, among which : Marivaux subversif ? (Desjonquères, 2003), Le Spectateur de théâtre à l’âge classique (with B. Louvat-Molozay, L’Entretemps, 2008), Diderot et les spectacles (with M. Buffat, Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie 47, 2012), and La Scène de reconnaissance dans les théâtres français et anglais, XVIe-XVIIIe siècles (with B. Louvat-Molozay and N. Vienne-Guerrin, online journal Arrêt sur scène / Scene Focus 2, 2013).

 

Une du Labo Imprimer Contact Plan du site Crédits Téléchargez les Plug-Ins