Institut de Recherche sur la Renaissance, l'âge Classique et les Lumières (IRCL - UMR 5186)


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Arrêt sur scène / Scene Focus
Une revue en ligne bilingue publiée par l'IRCL / A bilingual online journal published by the IRCL

 

 

N° 03 - 2014

 

Arrêt sur scène / Scene Focus
Scènes de dispute / Quarrel Scenes

 

Dirigé par / Edited by
Jeanne-Marie Hostiou (Université Sorbonne nouvelle – Paris 3)
Sophie Vasset (Université Paris-Diderot)

268 pages

Illustration de couverture / Cover illustration : Jean Baptiste Oudry (1686-1755), « Bataille arrivée dans le tripot » © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Thierry Le Mage

 

Présentation / Presentation

 

Sommaire / Contents

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstracts and bio-biblios

 

 

Présentation / Presentation

 

Ce numéro propose d’aborder les scènes de dispute au théâtre dans un contexte historique européen secoué par des controverses esthétiques, politiques et religieuses. Il présente la réflexion collective qui a été menée lors du colloque-festival « Scènes de Dispute : dispute et dramaturgie en France et en Grande-Bretagne (XVIe-XVIIIe siècles) », réflexion articulée entre les propositions artistiques qui explorent les modes de dispute sur le plateau et les articles critiques sur l’évolution, les enjeux et le contexte des scènes de dispute.

Ont collaboré à ce numéro : Catherine Ailloud-Nicolas, Céline Candiard, Emmanuelle Chastanet, Logan J. Connors, Emanuele De Luca, Vincent Dorothée, Anne G. Graham, Tiphaine Karsenti, Dóra Kiss, Cécilia Laurin, Judith le Blanc, François Lecercle, Jeanne Mathieu, Sarah Nancy, Ladan Niayesh, Goulven Oiry, Céline Paringaux, Tiphaine Pocquet, Catherine Ramond, Jean Luc Robin et David Worrall

This issue investigates quarrel scenes in the controversial context of early modern and eighteenth-century Europe. At a time when public political, aesthetic and religious controversies were part of European intellectual life, quarrel scenes took a particular turn onstage, reflecting some of the conflicts of the time. The articles and performances gathered in this issue were originally presented at the conference-festival « “Quarrel Scenes” : Conflict and Dramaturgy in French and British Theatre (16th-18th Centuries) ». Our reflection stems from this specific form of conference, and is based on a dialogue between the performing arts, which are a means of exploring several modes of quarrel on stage, and academic analysis of the evolution, stakes and contexts of quarrel scenes.

Contributors : Catherine Ailloud-Nicolas, Céline Candiard, Emmanuelle Chastanet, Logan J. Connors, Emanuele De Luca, Vincent Dorothée, Anne G. Graham, Tiphaine Karsenti, Dóra Kiss, Cécilia Laurin, Judith le Blanc, François Lecercle, Jeanne Mathieu, Sarah Nancy, Ladan Niayesh, Goulven Oiry, Céline Paringaux, Tiphaine Pocquet, Catherine Ramond, Jean Luc Robin and David Worrall

 

Sommaire / Contents

 

Jeanne-Marie Hostiou et Sophie Vasset
Prologue : p. 1-9

 

I Disputes dramatiques : genres et évolutions
Tiphaine Karsenti (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)
Faut-il sacrifier Polyxène ? Une dispute topique dans la tragédie française (1579-1696) : p. 11-23

Emmanuelle Chastanet (CESR - Université François Rabelais, Tours)
La dispute dans le théâtre hagiographique français du XVIIe siècle : p. 25-34

Vidéo : La Bataille, genre musical en Italie au XVIIe siècle (Camille Aubret)

Jean Luc Robin (The University of Alabama)
La triple dimension de la dispute chez Molière : p. 35-47

Vidéo : Les Funérailles de la Foire (d’après Lesage, Fuzelier et d’Orneval ; Judith Le Blanc, Compagnie Pêcheurs de perles)

Catherine Ramond (Université de Bordeaux-Montaigne)
Tradition et nouveauté : les scènes de dispute dans le théâtre de Destouches : p. 49-61 

Vidéo : Polichinelle censeur des théâtres (d'après Carolet ; Jean-Philippe Desrousseaux)

Emanuele De Luca (ELCI – Paris-Sorbonne)
Comédie-Italienne versus Comédie-Française : La Dispute du tragique et du comique au milieu du XVIIIe siècle : p. 63-78

Vidéo : Une dispute en cantate (Benjamin Pintiaux, Compagnie Pêcheurs de Perles)

Vidéo : Dialogues philosophiques (Arnaud Carbonnier et Flore Garcin-Marrou, Labo LAPS)

 

II Dramaturgies du conflit
Ladan Niayesh (LARCA – Université Paris Diderot – Paris 7)
« Make it a word and a Blow » : the duel and its rhetoric in William Shakespeare’s Romeo and Juliet : p. 79-85

Céline Paringaux (Académie de Paris / Université d’Artois)
Querelles réelles, querelles théâtrales : quand les disputes shakespeariennes entrent en scène au college: p. 87-97
Vidéo : Quand les disputes shakespeariennes entrent en scène au collège (d'après Shakespeare ; Céline Paringaux et les élèves de troisième prépa-pro, collège Les Sablons, Viry-Châtillon)

Goulven Oiry (Université Paris Diderot – Paris 7)
Quand l’épée reste au fourreau : duels et disputes dans la comédie française des années 1550-1650 : p . 99-110

Dóra Kiss (IreMus – Institut de recherche en musicologie, CNRS)
De l’escrime à la danse : croiser le fer, les arts, la pratique et la recherche : p.  111-122
Vidéo : Danse Baroque et escrime (Annabelle Blanc, Compagnie A La Présence)

Vidéo : The Welsh Opera Part 1 & Part 2 (Fielding ; Sophie Vasset, Drama Workshop de l'Université Paris-Diderot)

 

III Les disputes en contexte
Anne G. Graham (French at Memorial University, St. John’s, Newfoundland)
L’Abraham sacrifiant (1550) de Bèze ou la dispute au service de la « vive foy » : p. 123-135

Jeanne Mathieu (IRCL – Université Paul-Valéry, Montpellier)
« Our quarrel is no more / But to defend their strange inventions » (IV.ii.7-8) : l’art de la dispute religieuse dans The Massacre at Paris de Christopher Marlowe : p. 137-145

Vincent Dorothée (HICSA, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
De la théâtralisation du conflit dans la fête de cour française au début du XVIIe siècle : p. 147-160

François Lecercle (Labex Obvil – Université Paris-Sorbonne)
Dispute dramatique et théâtrophobie : p. 161-176

Judith le Blanc (Université de Rouen)
Les querelles de l’opéra dans la comédie (XVIIe-XVIIIe siècles): p. 177-192

Logan J. Connors (Bucknell University, Pennsylvania, USA)
Who gets to dispute ? Two versions of Le Siège de Calais, 1765-1791 : p. 193-206

David Worrall (Nottingham Trent University)
Quiet theatres, the rise of celebrity and the Case [of] Mr. Macklin, Late of Covent-Garden Theatre (1774) : p.  207-217

 

IV Interpréter la dispute
Cécilia Laurin (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)
La querelle d’Horace ou le problème du criminel vertueux : Aspects éthiques, politiques et esthétiques d’une dispute fratricide : p. 219-225

Tiphaine Pocquet (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
Oubli ou mémoire, comment sortir de la querelle d’Horace ?» : p. 227-234

Vidéo : Crime et oubli : de la dispute à la querelle d’Horace (Corneille, acte IV, scène V ; Tiphaine Pocquet et Cécilia Laurin, élèves de l'ESAD)

Céline Candiard (Université Lumière Lyon 2)
« Ils se sont mis en colère pour la préférence de leurs Professions »: la dispute des arts dans Le Bourgeois gentilhomme : p. 235-244

Vidéo : Jouer la dispute en déclamation et gestuelle baroque (Anne-Guersande Ledoux et l'Atelier de Déclamation baroque de l'IRCL)

Sarah Nancy (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
Duel ou duo ? Les voix de la dispute : p. 245-253 
Vidéo : Duel ou duo ? Les voix de la dispute (Sarah Nancy)

Vidéos : Scène d’Andromaque (Racine, acte IV, scène v) Version 1 (Bénédicte Louvat-Molozay, Pierre-Alain Clerc) ; Version 2 (Julie Hairy, Alban Déléris)
Notes d'écoute (Sarah Nancy)

Vidéo : The Provoked Wife (Vanbrugh ; Valère Foy, Provoke Theatre)

Catherine Ailloud-Nicolas (Université de Lyon 1/ESPE, UMR LIRE)
Compléter la dispute ou remplir le manque : p. 255-268

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstracts and bio-biblios

 

Catherine Ailloud-Nicolas (Université de Lyon 1/ESPE, UMR LIRE)

Compléter La Dispute ou remplir le manque

On s’attendrait à ce que La Dispute de Marivaux contienne, comme son titre l’indique, une scène de dispute. Or l’observation de la pièce montre que si des disputes sont bien évoquées, elles sont si problématiques qu’elles créent chez le lecteur comme chez le spectateur un sentiment de manque. Cet article analyse comment les metteurs en scène, les dramaturges, les écrivains ou les librettistes inventent des prologues ou des baissers de rideau destinés à combler le vide, à remplacer la dispute absente.

La Dispute: filling in the blanks

Judging from its title, one could expect Marivaux’s La Dispute to contain at least one quarrel scene. In fact, a closer look at the play reveals that while disputes are indeed often mentioned, they are so deeply problematic that readers and spectators can truly feel their absence. This article analyses how stage directors and dramaturges, playwrights and librettists add prologues or have the curtain come down in an attempt to fill the void created by the dispute – or lack thereof.

Catherine Ailloud-Nicolas est maître de conférences en littérature. Elle enseigne à l’Université Lyon 1/ESPE et au Conservatoire de Lyon. Elle est spécialiste de Marivaux. Elle s’intéresse plus largement au théâtre du xviiie siècle dans le cadre du groupe de recherche LIRE, mais aussi à toutes les questions qui concernent le passage du texte à la scène. Elle est dramaturge pour le théâtre, l’opéra et la danse, et membre du collectif artistique du Centre dramatique national (CDN) de Valence dirigé par Richard Brunel.

Catherine Ailloud-Nicolas is a lecturer in literature at Université Lyon 1/ESPE and at the Conservatoire de Lyon. A member of the research group LIRE, she specializes in Marivaux’s theatre and more generally in eighteenth-century drama, but also in questions concerning the transition from text to stage. She works as a dramaturge in theatre, dance and opera and as a member of the artistic collective of the Valence Centre dramatique national (CDN), directed by Richard Brunel. 

 

Céline Candiard (Université Lumière Lyon 2)

« Ils se sont mis en colère pour la préférence de leurs Professions » : la dispute des arts dans Le Bourgeois gentilhomme

Le Bourgeois gentilhomme de Molière comporte trois scènes de dispute successives entre les représentants des principaux arts pratiqués par l’aristocratie, musique, danse, escrime et beau langage, chacun s’efforçant de convaincre Monsieur Jourdain de lui donner la préférence. Si la dispute du danseur et du musicien s’organise de manière symétrique et aboutit à un équilibre harmonieux, à l’image de la rencontre de ces deux arts dans la comédie-ballet, leur confrontation avec le maître d’armes et surtout avec le maître de philosophie tourne à l’affrontement violent, le maître d’armes donnant à voir l’image d’une hâblerie guerrière que la société mondaine juge déplacée en temps de paix et le maître de philosophie faisant preuve d’une intransigeance sauvage, bien éloignée de la définition usuelle du philosophe mais conforme à la brutalité autoritaire des doctes que Molière entend ici dénoncer.

« They argued to decide which amongst their professions was the best » : the arts dispute in Le Bourgeois Gentilhomme

Moliere’s Le Bourgeois gentilhomme includes three successive scenes of dispute between the representatives of the main aristocratic arts (music, dance, fencing and speech making), each of whom is trying to gain Monsieur Jourdain’s preference. Where the dispute between the dancer and the musician has a rigorously symmetrical structure and ends in balance and harmony, in much the same way that they work together in Molière’s comédie-ballet, their confrontation with the fencing master and even more with the master of philosophy degenerates into violent fighting: the fencing master resorts to warlike bragging, which the fashionable society disapproves of in peacetime, while the master of philosophy shows a savage intransigence unbecoming of a philosopher, but well in accordance with the authoritarian brutality of scholars that Molière intends to expose.

Céline Candiard est maître de conférences au département d’Arts du Spectacle de l’Université Lumière Lyon 2, elle se spécialise dans l’histoire du théâtre, en particulier des genres comiques, dans l’Antiquité et la première modernité. Son premier ouvrage, Les Maîtres du jeu : serviteurs vedettes sur les scènes comiques de la Rome antique et du Paris d’Ancien Régime, doit paraître en 2015 aux éditions Honoré Champion.

Céline Candiard is a lecturer at the Performing Arts department at Université Lumière Lyon 2 and a specialist of theatre history, in particular comic genres in antiquity and early modern theatre. Her first book, Les Maîtres du jeu: serviteurs vedettes sur les scènes comiques de la Rome antique et du Paris d’Ancien Régime, is forthcoming from Honoré Champion (2015).

 

Emmanuelle Chastanet (CESR - Université François Rabelais, Tours)

La dispute dans le théâtre hagiographique français du XVIIe siècle

Le théâtre hagiographique repose essentiellement sur une dramaturgie du conflit opposant un chrétien à un tyran païen. La dispute a des causes et des modalités différentes dans ce corpus : le motif peut être d’ordre familial, mais il est plus fréquemment religieux. Les modes d’expression varient en fonction des époques entre la violence verbale accompagnée de scènes de supplices et des échanges argumentés structurés en tirades ou en stichomythie. Le cas particulier de sainte Catherine permet d’analyser une dispute codifiée autour de la figure d’une sainte éloquente représentée dans deux pièces de théâtre dont la comparaison permet de mesurer l’évolution de la dramaturgie par rapport à la légende hagiographique.

Quarrels in French seventeenth-century hagiographic theatre

Hagiographic theatre is essentially based on a dramaturgy of conflict opposing a Christian and a heathen tyrant. This article examines quarrels whose causes and forms are diverse: the motive may be family-based as well as religious, and the forms of expression vary with time, from verbal and physical abuse that includes torture to structured arguments made of soliloquies or stichomythia. The specific case of Saint Catherine offers the example of a quarrel codified around the figure of an eloquent saint. By comparing two plays on her life, we can measure how forms of dramatization evolve in comparison with the hagiographic legend.

Emmanuelle Chastanet est professeur agrégée de lettres modernes et doctorante à l’université de Tours. Sa recherche porte sur la figure du saint dans le théâtre hagiographique français du xviie siècle. Elle a participé à des colloques internationaux et publié « La figure de Saint Sébastien au croisement des genres et des époques », dans Saintes scènes (dir. Barbara Selmeci Castioni, Berlin, Frank et Timme, 2012) et « Le sang dans la tragédie de martyre française » (Littératures classiques, n°73, automne 2010).

Emmanuelle Chastanet teaches French literature and is a doctoral student at the university of Tours. Her research focuses on the figure of the saint in French seventeenth-century hagiographic theatre. She has taken part in international colloquiums and published « La figure de Saint Sébastien au croisement des genres et des époques » (in Saintes scènes, ed. Barbara Selmeci Castioni, Berlin, Frank et Timme, 2012) and « Le sang dans la tragédie de martyre française » (Littératures classiques,73, Autumn 2010).

 

Logan J. Connors (Bucknell University, Pennsylvania, USA)

À qui revient la dispute ? Genre, nation et représentation dans les deux versions du Siège de Calais de Pierre de Belloy

Cet article commence par décrire la réception critique du Siège de Calais de Pierre-Laurent de Belloy – une pièce qui traite de la Guerre de Cent ans (1337-1453), qui fut créée à la Comédie-Française en 1765, peu après la Guerre de Sept ans (1756-1763), et reprise au Théâtre de la Nation pendant la Révolution française. Après avoir détaillé l’impact public de la pièce, nous analysons l’héritage contesté du texte dramatique en examinant une variante de la pièce. Cette tragédie est révélatrice de l’impact sociopolitique et esthétique du théâtre dans la deuxième moitié du xviiie siècle – sur le rôle des femmes dans les débats politiques, l’utilisation des faits historiques au sein de la fiction théâtrale et la représentation du patriotisme français à la fin de l’Ancien Régime.

Who gets to dispute? Gender, nation and representation in two versions of Pierre de Belloy’s Le Siège de Calais

In this article, I first describe the critical reception of Pierre-Laurent de Belloy’s Le Siège de Calais – a play about the Hundred Years’ War (1337-1453), which was performed at the Comédie-Française in 1765 and on the heels of the Seven Years’ War (1756-1763), and which was then performed at the Théâtre de la Nation during the French Revolution from 1789 to 1791. Then I move from an examination of the play’s public import to a close analysis of the play-text’s contested legacy by examining an alternative version of de Belloy’s play. From this analysis, the tragedy emerges as a dynamic example of how theatre influenced and was influenced by stakeholders in major socio-political and aesthetic debates – debates focusing on the role of women in political discussion, the use of historical fact and fictional narrative in theatre, and the depiction of French patriotism during the twilight of the Ancien Régime.

Logan J. Connors est « associate professor » en Études françaises et francophones à Bucknell University (Pennsylvanie, usa). Il est l’auteur de Dramatic Battles in Eighteenth-century France : philosophes, anti-philosophes and the polemical theatre (svec, 2012), d’une édition critique du Siège de Calais de Pierre-Laurent de Belloy et de multiples articles sur la culture dramatique en France aux xviie et xviiie siècles. Il travaille actuellement sur un ouvrage collectif au sujet des discours antithéâtraux et sur un livre sur le théâtre, l’émotion et la pédagogie dans la littérature et les théories dramatiques sous l’Ancien Régime.

Logan J. Connors is associate professor of French and Francophone Studies at Bucknell University in Lewisburg, Pennsylvania. He is the author of Dramatic battles in eighteenth-century France: philosophes, anti-philosophes and the polemical theatre (SVEC, 2012), a critical edition of Pierre-Laurent de Belloy’s Le Siège de Calais (2014) and various articles on the culture of seventeenth- and eighteenth-century theatre in France. His current projects include an edited volume on anti-theatrical discourses in early modern Europe and a book on theatre, emotion and learning in seventeenth- and eighteenth-century dramatic literature and theory.

 

Emanuele De Luca (ELCI – Paris-Sorbonne)

Comédie-Italienne versus Comédie-Française : La Dispute du tragique et du comique au milieu du xviiie siècle

La Dispute du tragique et du comique (1739), parodie de Mahomet second de Jean-Baptiste Sauvé de La Noue, par Jean-Antoine Romagnesi et François-Antoine-Valentin Riccoboni, prend une place emblématique dans le cadre de la confrontation entre Comédie-Italienne et Comédie-Française, au cours du xviiie siècle. Cet article analyse les différents niveaux du métadiscours parodique. Les deux auteurs se concentrent sur le processus de travestissement qui opère sur la dispute allégorique entre le comique et le tragique. La parodie offre aux deux comédiens-auteurs italiens la possibilité de critiquer la dramaturgie à la mode dans les années 1730 ; de dénoncer la faiblesse des frontières dans la hiérarchie des genres dramatiques français ; de railler le goût pour le pathétique, le tout mesuré à l’aune des règles classiques. La comédie devient ainsi paradigmatique de la dispute des deux Théâtres de répertoire en confrontation perpétuelle.

The Comédie-Italienne vs. The Comédie-Française: La Dispute du tragique et du comique in the Mid-Eighteenth Century.

La Dispute du tragique et du comique, Jean-Antoine Romagnesi and François-Antoine-Valentin Riccoboni’s 1739 parody of Jean-Baptiste Sauvé de La Noue’s Mahomet second, occupies a key position within the hotly contested rivalry between the Comédie-Italienne and the Comédie-Française in the eighteenth century. This article analyses the various levels structuring the parodic metadiscourse as well as the unprecedented choice that the two authors make by basing the final level of meaning on the process of reversal that is concentrated around the allegorical dispute between the comic and the tragic. Parody provides the two Italian actor-playwrights with the means to criticize dramaturgy in the typical fashion of the 1730s, by denouncing the weakness of the boundaries separating French theatrical genres, by targeting widespread sentimentality, and by evaluating all this in the light of the classical rules. Parody becomes the defining paradigm that structures the perpetual struggle between these two repertory theatres.

Emanuele De Luca est docteur en Études italiennes (Université Paris-Sorbonne) et docteur en Storia delle Arti visive e dello Spettacolo (Università di Pisa). En 2013 il a soutenu sa thèse : François-Antoine-Valentin Riccoboni (1707-1772) : Vita, attività teatrale, poetica di un attore-autore nell’Europa dei Lumi, dir. Maria Ines Aliverti et Andrea Fabiano. Il est membre de l’ELCI-EA-1496 (Équipe Littérature et Culture italiennes) de Paris-Sorbonne. Il est maître de langue italienne à l’UFR d’Études italiennes, Paris-Sorbonne. Ses travaux portent sur la vie et l’activité théâtrale des comédiens-auteurs italiens en France et sur les échanges entre les deux cultures théâtrales au cours des xviie et xviiie siècles. En 2011 il publie le volume en ligne Le Répertoire de la Comédie-Italienne de Paris (1716-1762), Paris, IRPMF.

Emanuele De Luca holds a doctorate in Italian Studies from Université Paris-Sorbonne and a doctorate in Visual Arts and Theatre from the Università di Pisa. In 2013, he defended his dissertation, François-Antoine-Valentin Riccoboni (1707-1772): Vita, attività teatrale, poetica di un attore-autore nell’Europa dei Lumi, under the supervision of Maria Ines Aliverti and Andrea Fabiano. He is a member of the research group ELCI-EA-1496 (Équipe Littérature et Culture italiennes) at Paris-Sorbonne. He is an Instructor in Italian at the UFR of Italian Studies at Paris-Sorbonne. His research focuses on the life and theatrical activities of Italian actor-playwrights in France and on the exchanges between the two theatrical cultures in the seventeenth and eighteenth centuries. In 2011, he published the electronic volume Le Répertoire de la Comédie-Italienne de Paris (1716-1762), Paris, IRPMF

 

Vincent Dorothée (HICSA, Université Paris I Panthéon-Sorbonne)

De la théâtralisation du conflit dans la fête de cour française au début du XVIIe siècle

Qu’il s’agisse de ballets de cour sérieux ou grotesques, ou de représentations plus directement martiales et belliqueuses telles que les combats à la barrière et les combats à pied, les festivités princières françaises et lorraines de la première modernité semblent se fonder sur la notion essentielle de conflit. Le conflit constitue à la fois le contexte, le sujet et l’enjeu intellectuel de ces fêtes qui, véritables outils politiques de gouvernement, de revendication et de mise en garde au service du souverain ou du prince, représentent une forme de création dramatique spécifique. Ce sont les spécificités et enjeux de cette « dramaturgie du conflit », au sein de ce type de spectacle, que cet article se propose d’aborder et de définir.

Dramatisation of conflict in French court feasts at the beginning of the seventeenth century

Early modern court feasts of France and Lorraine, such as serious or grotesque court ballets, or more directly warlike and quarrelsome performances such as battles at the Barrier and battles on foot, seem to be based on the essential notion of conflict. Conflict provides the context, subject and intellectual stake of these feasts, which play a role in politics and government and serve as a forum and a warning to the sovereign or Prince, thereby representing a specific form of dramatic creation. This article deals with the specificities of this « dramatisation of conflict », and what is at stake in this type of performance.

Vincent Dorothée est professeur d’arts appliqués. Il enseigne à l’ensaama-Olivier de Serres (Paris) et à l’Université Paris 8 Saint-Denis. Il prépare une thèse sur les arts du spectacle à la cour de Lorraine au début du XVIIe siècle (Université Paris 1). Il a publié un livre intitulé Bérain et ses prédécesseurs : évolution et statut du costume et du décor dans le spectacle français de Beaujoyeux à Jean I Bérain (Presses académiques francophones, 2014) et plusieurs articles, notamment dans Le Costume de scène objet de recherche (dir. Anne Verdier & Didier Doumergue, Lampsaque, 2014) et Les Fées des Forests de Saint-Germain : un ballet royal de « bouffonesque humeur » (dir. Thomas Leconte, Brepols, 2012).

Vincent Dorothée teaches art at the ensaama-Olivier de Serres (Paris) and the University Paris 8 Saint-Denis. He is working on a thesis on performing arts at the court of Lorraine at the beginning of the seventeenth century (University Paris 1). He published Bérain and his predecessors : Evolution and status of costume and setting in French performance from Beaujoyeux to Jean I Bérain (Presses académiques francophones, in 2014) and several articles, published in collective volumes such as Theatrical costume, object of research (in French, dir. Didier Doumergue & Anne Verdier, on 2014) and The Fairies of Saint Germain’s Forests: a royal ballet of « farcical humor » (in French, dir. Thomas Leconte, on 2012).

 

Anne G. Graham (French at Memorial University, St. John’s, Newfoundland)

L’ Abraham sacrifiant (1550) de Bèze ou la dispute au service de la « vive foy »

En transformant l’épisode biblique du quasi-sacrifice d’Isaac en tragédie en 1550, Théodore de Bèze amplifie l’histoire vétérotestamentaire, en y ajoutant notamment trois scènes de dispute absentes du récit biblique, dont une où Abraham se dispute avec Dieu. La place donnée à la querelle dans cette œuvre édifiante pourrait paraître surprenante puisque le but du Réformateur est d’afficher Abraham comme modèle de la foi. Cependant, une analyse de ces scènes de dispute, ainsi que du personnage de Satan, permet de montrer que c’est grâce à ces derniers que Bèze représente non seulement le tourment et le doute d’Abraham, mais aussi l’agissement de la grâce et la victoire de la foi. La qualité particulière de cette foi est le sujet de la dernière partie de notre article, où nous étudions la présence remarquable de l’expression « vive foy » dans le Prologue et l’Épilogue de cette pièce. Bèze semble avoir compris que pour mieux montrer le triomphe de la foi, il faut aussi montrer la bataille qui le précède. Ce n’est qu’en étant tourmenté et « attaint » au vif, qu’Abraham pourra devenir un modèle de la « vive foy ».

Beza’s Abraham’s Sacrifice (1550) : dispute and true faith (vive foy)

In transforming the biblical episode of the quasi-sacrifice of Isaac into a tragedy in 1550, Théodore de Bèze expands the Old Testament story, in particular by adding three dispute scenes that are absent from the biblical text, including one in which Abraham argues with God. The importance given to the theme of dispute in this work could seem surprising since the goal of the Reformer is to display Abraham as a model of faith. However, an analysis of these dispute scenes, as well as the character of Satan, allows us to see that it is through these scenes that Bèze represents not only Abraham’s torment and doubt but also the action of grace and the victory of faith. The particular nature of this faith is the subject of the last part of our article, where we study the remarkable use of the expression « vive foy » in the Prologue and the Epilogue of this play. Bèze seems to have understood that in order to better show the triumph of faith, one must also show the battle that precedes it. Thus, it is only by being tormented and cut to the quick that Abraham will be able to become a model of the « true faith ».

Anne G. Graham est maître de conférences à l’Université Memorial de St. John’s, Terre-Neuve. Ses intérêts de recherche portent surtout sur le théâtre de la Renaissance et du xviie siècle ainsi que sur le genre tragique. Elle a codirigé avec Louise Frappier (Ottawa) un numéro de la revue Tangence (n° 104, 2014) consacré à l’exemplarité du théâtre de la Renaissance, où paraît son étude : « Théodore de Bèze et la première “Tragedie Françoise” : imitation, innovation et exemplarité ». Elle a également publié « Thésée ou le monstre tragique dans Phèdre de Racine » dans un ouvrage collectif, Autour du Minotaure (Presses universitaires de Blaise Pascal, 2013), et « French Renaissance Tragedy and the Tragic Code » dans ROMARD (n° 51, 2013).

Anne G. Graham is assistant professor of French at Memorial University in St. John’s, Newfoundland. Her research interests are mostly related to sixteenth- and seventeenth- century theatre and to the tragic genre. She is co-editor with Louise Frappier (Ottawa) of a special volume of Tangence (104, 2014) dedicated to the topic of exemplarity in Renaissance theatre, where her article, « Théodore de Bèze et la première “Tragedie Françoise” : imitation, innovation et exemplarité », appeared. She has also published « Thésée ou le monstre tragique dans Phèdre de Racine » in Autour du Minotaure (Presses universitaires de Blaise Pascal, 2013) and « French Renaissance Tragedy and the Tragic Code » in ROMARD (v. 51, 2013).

 

Tiphaine Karsenti (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

Faut-il sacrifier Polyxène ? Une dispute topique dans la tragédie française (1579-1696)

Cet article propose l’analyse des réécritures en France, aux xvie et xviie siècles, d’une scène de dispute héritée de la tragédie antique : celle qui, à la fin de la guerre de Troie, oppose au sein du camp grec les partisans du sacrifice de Polyxène sur le tombeau d’Achille et ses opposants. Euripide et Sénèque proposaient chacun un modèle dramatique de cette scène, qui est devenue un lieu commun de la tragédie française, puisqu’elle est reprise cinq fois entre 1579 et 1696. En s’interrogeant sur l’évolution de la structure et de la fonction de ces scènes de disputes au fil du temps, l’article montre comment le débat d’idées laisse place à un affrontement passionnel, et comment une dimension autoréflexive du genre sur lui-même vient se substituer aux enjeux éthiques. Les métamorphoses de la scène de dispute apparaissent ainsi révélatrices de celles du genre tragique.

Should Polyxena be sacrificed? A topical quarrel in French tragedy (1579-1696)

This article analyses the rewritings in France, in the seventeenth and eighteenth centuries, of a quarrel scene inherited from ancient tragedy: at the end of the Trojan War, partisans and opponents of the sacrifice of Polyxena on Achilles’ grave come into conflict. Euripides and Seneca both proposed a dramatic model of this scene, which became a commonplace of French tragedy; indeed, the scene was dramatised in five plays between 1579 and 1696. By examining the evolution in time of the structure and the function of these quarrel scenes, the article shows how the ideological debate gave way to a passionate confrontation, and how a reflexion of the genre on itself came to replace the ethical issues. The metamorphoses of the quarrel scene mirror the transformations of the tragic genre.

Tiphaine Karsenti est maître de conférences en études théâtrales à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense. Ancienne élève de l’École normale supérieure et agrégée de lettres classiques, elle est l’auteur de La Guerre de Troie dans le théâtre français (1562-1715) (Honoré Champion, 2012). Ses recherches sur le théâtre d’Ancien Régime s’articulent aujourd’hui autour de trois axes : la réception de l’Antiquité, l’utilisation de la mythologie et l’articulation entre philosophie politique et dramaturgie dans la tragédie.

Tiphaine Karsenti is associate professor in performing arts at the University of Paris-Ouest Nanterre La Défense. An alumna of the l’École normale supérieure and an agrégée in Classical studies, she published La Guerre de Troie dans le théâtre français (1562-1715) (Honoré Champion, 2012). Her interests and areas of research touch upon three fields: the reception of Antiquity in French theatre (seventeenth and eighteenth centuries), the use of mythology in theatre, and the link between political philosophy and dramaturgy in French tragedy.

 

Dóra Kiss (IreMus – Institut de recherche en musicologie, CNRS)

De l’escrime à la danse : croiser le fer, les arts, la pratique et la recherche

Une proposition chorégraphique de la compagnie À La Présence menée par Annabelle Blanc métisse la danse et l’escrime du xviiie siècle. Cet article lui fait écho et démontre le potentiel du croisement des techniques du corps. Commentant par ailleurs les extraits musicaux et la partition chorégraphique de cette proposition, il montre que des scènes de batailles sont parfois incluses dans les opéras baroques. Cependant, les extraits musicaux choisis correspondent davantage à des parades. Ce constat, comme l’interprétation de « L’entrée seul pour un homme » de la danseuse Caroline Ducrest, montre qu’une épée ne représente pas nécessairement une arme une fois mise en scène. Emblème, elle peut avant tout servir la construction de personnages. Enfin, l’article ouvre quelques pistes qui découlent d’une rencontre ponctuelle entre une chercheuse et des praticiennes et invite à poursuivre et développer de telles expériences, dans un esprit de partenariat.

From fencing to dancing: crossing swords and arts, practice and research

The proposal of the dance company À La Presence, directed by Annabelle Blanc, mixes eighteenth-century dance and fencing. This article comments on this work and demonstrates that much may be learned from bringing together these physical activities. This article comments also on the musical choices and how battle scenes are sometimes included in baroque operas. The excerpts discussed here, however, are rather parades. Much like Caroline Ducrest’s interpretation of the « Entrée seul pour un homme » (Solo entree for a masculine dancer), these parades show how sometimes, on stage, a sword may serve not so much as a weapon than as an element of characterization. Finally, this article, resulting from the meeting of a dance scholar and two dance practitioners, is an invitation to develop and pursue such experiences in a collaborative state of mind.

Dóra Kiss est danseuse, postdoctorante à l’IreMus (Institut de recherche en musicologie sous l’égide du cnrs) et suppléante à la HEM (Haute école de musique de Genève). Elle est lauréate du prix Jacques-Handschin décerné par la Société suisse de musicologie pour sa thèse La Saisie du mouvement : de l’écriture et de la lecture des sources de la belle danse. Elle a écrit, entre autres, deux articles pour la revue en ligne de l’association des Chercheurs en Danse : « Interpréter le “Menuet perform’d by Mrs Santlow” », Revue de l’aCD, n°2, printemps 2014, dir. Joëlle Vellet ; et « Les danses de Mlle Subligny, sources d’hypothèse pour un portrait de “danseuse” », Revue de l’aCD, n° 3, à paraître à l’hiver 2015.

Dóra Kiss is a dancer, a postdoctoral researcher at IreMus (Institut de recherche en musicologie, cnrs, Paris), and teaches at the HEM (Haute école de musique, Geneva). She was awarded the Jacques-Handschin prize of the Société suisse de musicologie (Swiss Society of Musicology) for her PhD dissertation entitled La saisie du mouvement : de l’écriture et de la lecture des sources de la belle danse (Grasping movement: writing and reading movement in the Belle danse sources). Among others publications, she wrote two articles for the on-line Revue de l’association des Chercheurs en Danse : « Interpréter le “Menuet perform’d by Mrs Santlow” » (Interpreting the “Menuet perform’d by Mrs Santlow”, Revue de l’aCD, n°2, spring 2014, ed. Joëlle Vellet ; and « Les danses de Mlle Subligny, sources d’hypothèse pour un portrait de “danseuse” » (Dances of Mrs Subligny : hypothesis source for a female dancer portait), in Revue de l’aCD, n° 3, forthcoming (winter 2015).

 

Cécilia Laurin (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)

La querelle d’Horace ou le problème du criminel vertueux : aspects éthiques, politiques et esthétiques d’une dispute fratricide

Horace de Pierre Corneille permet d’aborder la question de la dispute de façon dédoublée : la célèbre scène de dispute fratricide (iv, v), qui aboutit au meurtre de sa sœur par Horace, fait en effet elle-même l’objet d’une dispute dramaturgique. Il s’agit alors d’analyser de quelle manière la tension éthique – celle d’un caractère en qui fusionnent le crime et la vertu – qui anime cette scène et complexifie la dimension sociale de l’œuvre entre en conflit avec le jugement esthétique des doctes. Au-delà de l’ensanglantement de la scène, qui ne constitue pas le réel objet de la querelle, c’est la criminalité même d’Horace qui se voit reprochée et débattue, accusant ainsi toute la portée problématique de l’action du héros cornélien, qui ne trouve finalement de solution éthique que dans une certaine dissolution politique.

The controversy over Horace and the issue of the virtuous criminal: ethics and politics of a fratricide quarrel
The issue of quarrelling in Pierre Corneille’s Horace is twofold: the well-known fratricidal quarrel scene (iv.v), resulting in Horace murdering his sister, constitutes in itself a matter of aesthetic disagreement. This article aims to analyse the process through which the ethical tension in this scene, of a character merging crime with virtue, complicates the social dimension of the play and is in direct conflict with the appraisal of Corneille’s contemporary dramatic theorists. Beyond the bloodshed, which cannot be identified as the core of the aesthetic quarrel, it is Horace’s guilt that triggers erudite criticism, thus accentuating the problematical charge of the Cornelian hero’s actions, which ultimately finds its only ethical solution in political dissolution.

Cécilia Laurin, diplômée en études théâtrales et en philosophie, occupe actuellement un poste d’ATER à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, où elle finalise au sein de l’IRET une thèse portant sur la tension entre éthique et admiration chez les criminels cornéliens. Ses travaux questionnent plus généralement les enjeux philosophiques et esthétiques de la représentation du mal. Son dernier article, « L’image fascinante du serial killer » (Fascination des images, images de la fascination, dir. Gilles Declercq et Stella Spriet, Presses Sorbonne Nouvelle, 2014), s’intéresse à la figure populaire du Docteur Hannibal Lecter.

Cécilia Laurin majored in theatre studies and philosophy. She currently teaches at the Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Her PhD focuses on the tension between ethics and admiration stemming from Pierre Corneille’s criminal characters. More generally, her research revolves around the philosophical and aesthetic issues of the representation of evil. Her latest article, « L’image fascinante du serial killer » (Fascination des images, images de la fascination, dir. Gilles Declercq et Stella Spriet, Presses Sorbonne Nouvelle, 2014), focuses on Thomas Harris’s character of Hannibal Lecter.

 

Judith le Blanc (Université de Rouen)

Les querelles de l’opéra dans la comédie (xviie-xviiie siècles)

L’article propose l’étude de cas de pièces qui mettent en abyme les querelles de l’opéra : querelle de la musique française et de la musique italienne, des Lullystes et des Ramistes, des Bouffons, enfin des Gluckistes et des Piccinistes. Ces comédies prennent tantôt la forme de revues allégoriques, tantôt celle de comédies de caractères qui font défiler une galerie d’amateurs excentriques ou fanatiques. Fondamentalement opportunistes, les auteurs de ces comédies de circonstance font usage de la parodie, se plaisent à donner un écho à ces querelles pour attirer les spectateurs mais prennent finalement rarement parti. Ils expriment le plus souvent la réception différentielle des opéras en mettant en scène une querelle dramatisée qui tend au public un miroir de ses propres ridicules et contradictions par le biais de la caricature et de la radicalisation.

Quarrels of the Opera in seventeenth and eighteenth century French comedies

This article examines plays that embed classic opera quarrel themes: French vs. Italian music, supporters of Rameau vs. supporters of Lully, the quarrel of the comic actors (Bouffons) and the debate between defenders of Gluck and of Piccini. These comedies might be allegorical reviews or comédies de caractères portraying a series of eccentric or fanatic characters. The authors of these plays were essentially opportunistic and used parody to represent quarrels that attracted audiences, without clearly taking sides. Mostly, they highlighted the conflicted reception of operas by dramatizing quarrels in which the audience could recognize its own ludicrous traits and contradictions through caricature and radical representation.

Judith le Blanc est maîtresse de conférences en « littérature et arts » à l’Université de Rouen, dramaturge et metteuse en scène quand elle peut se mettre au service du spectacle vivant. Elle est l’auteure d’Avatars d’opéras. Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (Classiques Garnier, 2014) et d’articles consacrés au théâtre et à l’opéra des xviie et xviiie siècles. Elle a co-dirigé avec Herbert Schneider Pratiques du timbre et de la parodie d’opéra en Europe (xvie-xixe siècles),paru chez Olms en 2014, et codirige avec Marie-Cécile Schang la réédition du théâtre complet de Sedaine aux Classiques Garnier.

Judith le Blanc is a senior lecturer in Literature and Arts at the University of Rouen. She is also a dramaturge and stage director whenever she can dedicate herself to performing arts. She wrote Avatars d’opéras. Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (Classiques Garnier, 2014) and published articles on seventeenth and eighteenth century drama and opera. She co-edited Pratiques du timbre et de la parodie d’opéra en Europe (xvie-xixe siècles) with Herbert Schneider, published by Olms, and is currently co-editing Sedaine’s complete drama works with Marie-Cécile Schang for Classiques Garnier.

 

François Lecercle (Labex Obvil – Université Paris-Sorbonne)

Dispute dramatique et théâtrophobie

Dans l’Europe de la première modernité, le théâtre est intrinsèquement conflictuel, pour une double raison : parce qu’il est secoué de conflits internes, entre gens de théâtre, et surtout parce qu’il est au cœur de polémiques qui mettent en cause son existence même. L’article examine comment ce climat, caractérisé par une succession de crises aiguës et de périodes d’accalmie, retentit sur la production des dramaturges. À partir d’exemples français et anglais des XVIe et XVIIe siècles, il montre comment ces querelles sont lisibles dans les pièces, en pointant les diverses stratégies mises en œuvre par les dramaturges pour répliquer aux attaques dont ils sont l’objet. Il s’intéresse notamment à quelques scènes de dispute pour montrer comment elles peuvent se transformer en armes contre les adversaires du théâtre, comme si, par un processus de surdétermination polémique, toute querelle, sur scène, était susceptible de renvoyer de biais à la querelle du théâtre.

Dramatic disputes and theatrophobia

In Early Modern Europe, the theatre is full of conflict: internal conflicts between theatre people and conflicts with opponents who challenge its very existence. This article examines the effects of this climate on theatrical productions. Using examples from sixteenth- and seventeenth-century France and England, it shows how controversies about the stage leave their mark on plays, by pointing out the various strategies playwrights use to respond to attacks. It focuses especially on quarrel scenes and claims that they become polemical weapons, as if, by a kind of over-determination, any dispute on the stage may be used to allude to these controversies.

François Lecercle est professeur de littérature comparée à l’Université de Paris-Sorbonne. Il travaille sur la littérature et l’histoire des idées de l’Europe de la première modernité. Il s’intéresse notamment à l’image (théologie des images, théorie de la peinture) et aux rapports entre littérature et arts plastiques ou entre littérature et démonologie. Il a dirigé plusieurs volumes sur l’anecdote dans divers champs du savoir et publié, en 2011 Le Retour du mort : débats sur la pythonisse d’Endor et l’apparition de Samuel (XVIe-XVIIIe siècles), Genève, Droz. Il dirige avec Clotilde Thouret le projet « Haine du théâtre » du Labex Obvil de Paris-Sorbonne.

François Lecercle is a professor of Comparative Literature at Paris-Sorbonne University. He works on various topics in literature and the history of ideas in Early Modern Europe. His interests include images (theology of images, theory of painting) and the relationship between literature and the fine arts and between literature and demonology. He has directed several volumes on the anecdote in various fields of knowledge and published, in 2011, Le Retour du mort : débats sur la pythonisse d’Endor et l’apparition de Samuel (XVIe-XVIIIe siècles), Geneva, Droz. He is the director, with Clotilde Thouret, of a project on « Hatred of the stage », in the framework of Labex Obvil at Paris-Sorbonne.

 

Jeanne Mathieu (IRCL – Université Paul-Valéry, Montpellier)

« Our quarrel is no more / But to defend their strange inventions » (IV.ii.7-8) : l’art de la dispute religieuse dans The Massacre at Paris de Christopher Marlowe

Christopher Marlowe rédige certainement The Massacre at Paris en 1592. Le massacre de la Saint-Barthélemy, auquel la pièce fait référence, s’est produit le 24 août 1572, soit vingt ans auparavant. Dans plusieurs scènes de The Massacre at Paris, personnages catholiques et personnages protestants coexistent sur la scène théâtrale. Afin d’analyser cette cohabitation, nous partirons de la définition de la dispute dans son acception médiévale de disputatio et d’échange argumenté. Nous accorderons une importance toute particulière au glissement qui opère et part de la dispute verbale pour aboutir à une dispute physique. En effet, si plusieurs fois au cours de la pièce Marlowe met en exergue le désir de certains personnages d’interagir avec les représentants de l’autre faction sur un mode verbal, il semble que cela soit pour mieux montrer l’effacement graduel de la violence verbale au profit de la violence physique.

« Our quarrel is no more / But to defend their strange inventions » (IV.ii.7-8): The Art of Religious Dispute in Christopher Marlowe’s The Massacre at Paris

Christopher Marlowe’s The Massacre at Paris was probably written in 1592. The St Bartholomew’s Day Massacre, to which the play refers, occurred twenty years earlier, on 24 August 1572. At various moments in The Massacre at Paris, Catholic and Protestant characters share the stage. In order to analyse the characteristics of this meeting, our starting point will be the medieval definition of the word dispute. In its historical sense, the term refers to a disputatio and a well-argued exchange. We will focus on the shift from a verbal dispute and towards a more physical dispute. Indeed, several times in the play, Marlowe stresses the desire of various characters to debate with their religious enemy, but it only serves to emphasise more effectively the gradual disappearance of verbal violence in favour of physical violence.

Jeanne Mathieu est agrégée d’anglais et doctorante à l’Université Paul-Valéry Montpellier. Elle enseigne actuellement à l’Université Toulouse-Jean Jaurès. Sa thèse, intitulée « La dispute religieuse sur la scène élisabéthaine : 1580-1625 », est dirigée par le professeur Nathalie Vienne-Guerrin (ircl/Montpellier) et le professeur Jean-Christophe Mayer (ircl/cnrs). Elle se concentre sur la représentation des conflits religieux dans le théâtre anglais de la première modernité. Son corpus inclut des auteurs tels que Barnabe Barnes, Thomas Dekker, Thomas Heywood, Thomas Middleton and/et William Shakespeare.

Jeanne Mathieu is agrégée in English and a PhD student at Université Paul-Valéry Montpellier. She currently teaches English at the Université Toulouse-Jean Jaurès. Her doctoral thesis is supervised by Professors Nathalie Vienne-Guerrin (IRCL/Montpellier) and Jean-Christophe Mayer (ircl/cnrs). It focuses on the representation of religious conflicts in early modern English drama and is entitled The Art of Religious Dispute in Early Modern Drama: 1580-1625. Her corpus includes plays by Barnabe Barnes, Thomas Dekker, Thomas Heywood, Thomas Middleton and William Shakespeare.

 

Sarah Nancy (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

Duel ou duo ? Les voix de la dispute

Au XVIIe siècle, la préoccupation pour les effets des passions sur le langage est intense et conduit à une définition en quelque sorte négative de la voix : elle est ce qui n’obéit pas aux fonctions rationnelles, morale et politique du logos. En ce sens, la dispute comme situation de crise de la parole et comme moment de dysfonctionnement de l’adresse est en elle-même une occasion de voix. C’est ainsi qu’elle est représentée au théâtre, qui cherche avant tout à faire éprouver un dérèglement, un défaut d’ordre. Un exemple remarquable en est donné par les duos divergents du théâtre chanté, qui seront d’ailleurs vus comme une aberration ou une maladresse au siècle suivant. C’est dire l’importance qu’il y a à comprendre les cadres de perception d’une époque. L’article propose donc d’introduire à une anthropologie de l’écoute qui peut utilement compléter les tentatives actuelles de restitution du jeu théâtral du XVIIe siècle.

Duel or duet ? Quarrel voices

In the seventeenth century, moralists and philosophers scrutinized the effects of the passions on language. This led to a definition of the voice in the form of a negation: it is what fails to fulfil the rational, moral and political functions of the logos. In this sense, a quarrel, which can be seen as a speech crisis or a dysfunctioning interlocution, is precisely a moment when the voice emerges. This is certainly how it is staged in drama, where we are made to experience a sense of something failing and lacking order. A remarkable illustration of this can be found on the lyric stage in duets where the two voices diverge in melodic line – which will in fact be seen as aberrations, or clumsy oddities in the next century. This goes to show how important it is to understand the perceptual framework of a particular era. This article therefore offers to introduce an anthropology of listening, which could usefully complement the current attempts at reviving seventeenth-century acting practices.

Sarah Nancy est maître de conférences en littérature française du XVIIe siècle à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Elle travaille sur la voix parlée et chantée, ses pratiques, ses effets, ses représentations – en s’appuyant notamment sur sa propre pratique du chant lyrique –, et sur l’inscription de la différence sexuelle dans le langage. Elle est l’auteur de La Voix féminine et le plaisir de l’écoute aux XVIIe et XVIIIe siècles en France (Classiques Garnier, 2012). Elle est aussi membre du mouvement Transitions et co-rédactrice en chef du site de la revue.

Sarah Nancy is lecturer in French literature at Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Influenced by her own practice of lyric performance, she has been working on speaking and singing voices, the techniques and practices involved in vocal performance, and the reception and representations of voices as well as on the encoding of gender in language. She has published La voix féminine et le plaisir de l’écoute aux XVIIe et XVIIIe siècles en France (Classiques Garnier, 2012). She is a member of the Transitions movement and is co-editor of its online journal.

 

Ladan Niayesh, (LARCA – Université Paris Diderot – Paris 7

« Make it a word and a blow » : le duel et sa rhétorique dans Roméo et Juliette de Shakespeare

« Make it a word and a blow », lance Mercutio à Tybalt dans cette scène de revirement dans Roméo et Juliette (III.i.39), où la joute verbale bascule dans l’affrontement armé, entraînant les deux rivaux et toute la pièce à leur suite sur le chemin du non retour tragique. Dans cette scène, comme dans beaucoup d’autres exemples dans le théâtre shakespearien, le duel se présente comme une continuation de la dispute par d’autres moyens, gestuels et scéniques, pourvus de leur langage et de leurs effets propres. Érigé au rang d’un art au même titre que la rhétorique, le duel élisabéthain a ses manuels d’instruction, ses écoles et ses modes, décrits et abondamment illustrés dans des traités contemporains comme The True Art of Defence de Giacomo di Grassi (traduit en anglais en 1594) et le Practise de Vincentio Saviolo (traduit en anglais en 1595). La diffusion large, les traductions et les rééditions de tels textes donnent une idée de la familiarité du public avec le duel, et partant de ses attentes en termes de codification des scènes de combat. M’appuyant sur les indications disséminées dans les dialogues de cette pièce, je présente quelques-uns des enjeux symboliques liés à la rhétorique scénique du duel, dont les tensions entre valeurs anciennes et manières modernes, traditions nationales et modes étrangères, les conventions de la vengeance et une tragédie qui les dépasse.

« Make it a word and a Blow » : The Duel and Its Rhetoric in William Shakespeare’s Romeo and Juliet

« Make it a word and a blow », says Mercutio to Tybalt in the climax scene of Romeo and Juliet (III.i.39) where verbal fight gives way to an armed fight, pushing the two opponents and the action as a whole on a tragic path of no-return. In this scene as well as in numerous other Shakespearean examples, duel appears as a continuation of verbal agon by means of acting and staging, endowed with their own symbolic alphabet and rhetoric. Praised as highly as rhetoric itself, the Elizabethan art of duelling had its manuals of instruction, schools and fashions, duly described and lavishly illustrated in contemporary treatises such as Giacomo di Grassi’s The True Art of Defence (translated into English in 1594) and Vincentio Saviolo’s Practise (translated in 1595). The wide circulation, many translations and reeditions of such works give us an idea of the degree of familiarity of the audiences with the codes of the duel and hence their expectations in terms of the staging of combat scenes. Using the indications in the play’s dialogues, I present here some of the symbolic implications of the stage rhetoric of the duel, including the tensions between old values and new fashions, national traditions and foreign fads, the conventions of revenge and a tragedy breaking that mould.

Ladan Niayesh est professeur de littérature britannique à l’Université Paris Diderot – Paris 7. Elle est l’auteur d’Aux frontières de l’humain : figures du cannibalisme dans le théâtre anglais de la Renaissance (Honoré Champion, 2009) et a édité le volume collectif A Knight’s Legacy : Mandeville and Mandevillian Lore in Early Modern England (Manchester University Press, 2011). Elle travaille actuellement à l’édition du volume 3 (sur les voyages de Moscovie et de Perse) des Principal Navigations de Richard Hakluyt pour Oxford University Press.

Ladan Niayesh is professor of English Studies at the University of Paris Diderot – Paris 7. Her published works include Aux frontières de l’humain : figures du cannibalisme dans le théâtre anglais de la Renaissance (Honoré Champion, 2009) and the collective A Knight’s Legacy : Mandeville and Mandevillian Lore in Early Modern England (Manchester University Press, 2011). She is currently coediting volume 3 (on the travels to Muscovy and Persia) of Richard Hakluyt’s Principal Navigations for Oxford University Press.

 

Goulven Oiry (Université Paris Diderot – Paris 7)

Quand l’épée reste au fourreau : le duel dans la comédie française des années 1550-1650

Les duels que représente la comédie française des années 1550-1650 sont voués à avorter. Si le sang menace constamment d’être versé, les combats sont presqu’immanquablement esquivés. La perspective d’une résolution brutale des tensions générées par l’action dramatique ne se trouve envisagée que pour mieux être évacuée. Le duel reste pure virtualité, seule demeure la dispute verbale. Toutes ces formes de duels escamotés observables dans la comédie participent de la guerre amoureuse qui en est le véritable tissu conjonctif. Le conflit qui oppose les parents de la jeune première et ses prétendants est décrit comme un (burlesque) siège de ville, à une époque où les guerres de religion se soldent par nombre de destructions de cités. Appliquée à la séduction, la métaphore du siège dit la trame de la pièce tout en portant une vision du monde modelée par les codes militaires et patriarcaux.

Keeping swords in their scabbard: duels in French comedies, 1550-1650

The duels represented in French comedy between 1550 and 1650 are constantly aborted. While bloodshed is a perpetual threat, the fight itself is almost always avoided. The prospect of a brutal resolution of the tensions generated by the dramatic action is envisaged only to be better abandoned. The duel remains purely virtual, only verbal disputes are sustained. All these forms of incomplete duels to be found in comedies are part of the love war that is at its core. The conflict that opposes the parents to the young maid and her suitors is described as a (burlesque) siege, at a time when the wars of religion resulted in the destruction of many cities. Applied to seduction, the metaphor of the siege holds the play together while conveying a vision of the world based on military and patriarchal codes.

Goulven Oiry a soutenu en décembre 2012, à l’Université Paris-Diderot, une thèse intitulée L’Iliade parodique. La comédie française et la ville, 1550-1650 (la version remaniée de ce travail est à paraître aux éditions Classiques Garnier). Il enseigne actuellement en CPGE à Lyon. Ses recherches portent sur la comédie et le rire. Elles se développent à la croisée des lettres, de l’histoire et de l’anthropologie.

Goulven Oiry defended his thesis in December 2012 at Université Paris-Diderot on L’Iliade parodique. La comédie française et la ville, 1550-1650 (to be published by Classiques Garnier). His research, focused on comedy and laughter, combines a literary, historical and anthropological approach. He currently teaches in a secondary school in Lyon.

 

Céline Paringaux (Académie de Paris / Université d’Artois)

Querelles réelles, querelles théâtrales : quand les disputes shakespeariennes entrent en scène au collège

Au cours de l’année 2013-2014, vingt-quatre élèves de troisième « préparation professionnelle » d’un collège sensible de la région parisienne ont découvert Shakespeare à travers un atelier de pratique théâtrale mené par leur enseignante de français. L’objectif était de permettre à ces jeunes en difficulté scolaire de mieux gérer, par le théâtre, les disputes et les insultes qui émaillaient trop souvent la vie de leur classe. Cet article, qui vient en complément de la captation audiovisuelle mise en ligne sur le site d’Arrêts sur scène, rend compte de cette expérience ; il présente une double analyse littéraire et pédagogique du projet. On explique notamment dans quelle mesure les mécaniques dramatiques de la dispute dans les scènes inaugurales de Roméo et Juliette et Jules César ont été un point d’appui et une source d’inspiration dans le parcours des adolescents participants.

Real quarrels, theatrical quarrels: when Shakespearean disputes make their way onto the junior high-school stage

In 2013-14, twenty-four high-school sophomores (4 years away from taking their baccalauréat) in a technical school in an unprivileged suburb of Paris discovered Shakespeare’s plays through a drama workshop organised by their French teacher. The goal was to help students who did poorly at school deal with others without resorting to the usual verbal violence. This paper, which complements the video available online on the publication website describes this experiment. It examines the project both from a literary and pedagogical perspective. It shows how the dramatic build-up of quarrels in the opening scenes of Romeo and Juliet and Julius Caesar was used by the teenage students to solve their own quarrels.

Céline Paringaux est ancienne élève de l’École Normale supérieure de Lyon, agrégée de lettres modernes et docteur en études littéraires françaises. Elle a soutenu en 2013 une thèse consacrée aux autres langues en scène dans la comédie classique française de 1650 à 1725, sous la direction de Claudine Nédelec à l’Université d’Artois ; elle a publié plusieurs articles consacrés au théâtre et aux langages de l’âge classique. Elle enseigne le français en collège et lycée ; dans ce cadre elle a été coordinatrice dans le programme « Dix mois d’école et d’opéra ». Elle est également chargée de cours à l’Université Paris 3.

Céline Paringaux graduated from the École Normale supérieure in Lyon and received the Agrégation in French literature. Her PhD explores how foreign languages featured in the classical French comedy from the mid-seventeenth-century until 1725 (University of Artois, Prof. Claudine Nédelec). She has published several articles on drama and languages of the classical period. She teaches French in junior-high and high schools where she coordinated a project called « Ten months of school and opera ». She also teaches French literature at the Sorbonne Nouvelle – Paris 3.

 

Tiphaine Pocquet (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

Oubli ou mémoire, comment sortir de la querelle d’Horace ?

Le célèbre affrontement d’Horace et Camille, à l’acte IV scène v de la pièce de Corneille, se présente pour nous comme une querelle mémorielle. La mise en espace de cette scène fut l’occasion de réfléchir au rôle du personnage de Procule autant qu’à celui des objets scéniques dans la construction d’un oubli revendiqué et rendu pourtant impossible. La scène de la querelle littéraire autour de la mort de Camille opposa Corneille à d’Aubignac autour d’une question de fidélité au passé historique. Elle déplace ainsi les enjeux mémoriels sur le terrain poétique autant que politique. L’impératif d’oubli imposé par Horace n’est en effet pas sans rappeler, par le jeu de la métaphore, les lois d’oubli signées à la fin des guerres civiles en 1598. Si Horace dans son ensemble propose une sortie possible du conflit par l’acceptation d’une dispute toute intérieure, dans laquelle mémoire et oubli font la part de l’autre, la querelle littéraire en revanche fait osciller ses combattants de l’oubli stratégique à la mémoire ressassante. Elle dessine, non sans mélancolie, les contours d’une crise renouvelée et sans résolution apparente.

Strategic forgetfulness and obsessive remembering – stuck in Horace’s quarrel?

The famous quarrel scene between Camille and Horace, in act IV scene v, is a quarrel about memory. Staging this scene enabled me to reflect on the role played by Procule and the importance of props to represent a wished for, yet unachievable oblivion. The scene of Camille’s death provoked an intense debate between Corneille and d’Aubignac on the question of historical accuracy and fidelity to the past, shifting the memorial debate into the field of poetry and politics. The need to forget forced on Camille by Horace is not without recalling the oblivion laws passed in 1598 at the end of the French civil wars. The play Horace as a whole seems to point to the possibility of a truce, through the acceptance of other points of view and one’s own internal conflicts. But the literary quarrel provides no such solution, showing instead characters wavering between strategic forgetfulness and obsessive remembering. It displays, not without melancholy, a newly opened wound for which there seems to be no healing.

Tiphaine Pocquet est agrégée de lettres modernes et ATER à l’Université de la Sorbonne Nouvelle. Elle prépare une thèse sur l’oubli des guerres civiles dans les tragédies françaises du début du XVIIe siècle, sous la direction d’Hélène Merlin-Kajman. En partant de la loi d’oubli signée en 1598 à la fin des guerres civiles, son travail croise une approche historique et l’étude des textes théâtraux pour comprendre comment la tragédie met en débat la notion d’oubli. Outre l’enseignement et ses activités de recherche, elle a pratiqué le théâtre dans une compagnie étudiante et chronique des spectacles pour des revues en ligne.

Tiphaine Pocquet has an agrégation in French Literature and is a PhD candidate at the Sorbonne Nouvelle. She is writing her PhD under the supervision of Professor Hélène Merlin-Kajman on the theme of oblivion in early seventeenth-century French tragedies. Starting from the oblivion law passed in 1598 as part of the Édit de Nantes which put an end to the wars between Catholics and Protestants in France, her work combines theatrical studies with a more historical approach, in order to understand the way in which tragedies stage and discuss oblivion in post-civil war France.

 

Catherine Ramond (Université de Bordeaux-Montaigne)

Tradition et nouveauté : les scènes de dispute dans le théâtre de Destouches

La transformation de la scène de dispute dans le théâtre de Destouches est révélatrice des mutations de la « comédie nouvelle » et de l’évolution du matériau dramaturgique : les conflits traditionnels entre générations et entre époux tendent à s’atténuer, au fur et à mesure que s’imposent, dans le monde réel et dans le monde fictif de la comédie, la nécessité du mariage d’inclination et des relations plus compréhensives et plus affectueuses entre parents et enfants. Les formes du méta-théâtre et les querelles sans objet véritable montrent bien que les scènes de dispute ont perdu de leur nécessité dramatique et se sont effacées au profit de scènes suscitant l’empathie et l’émotion. Elles subsistent malgré tout comme signes psychologiques de tensions au sein des familles (jalousies, rivalités…) et constituent un hommage distancié à la tradition comique dont Destouches se réclame, mais dont il cherche également à se distinguer.

Tradition and novelty: quarrel scenes in Destouches’s theatrical works

The transformation of quarrel scenes in Destouches’s plays reveals the mutations of « new comedy » and the evolution of dramaturgic subjects. Indeed, traditional conflicts between generations and within marriages tend to decrease as the necessity of love marriage and more understanding and affectionate relations between parents and children increase in both the real world and the fictive one of comedies. Forms of meta-theatre and quarrels devoid of real purpose show that the scenes of quarrel have lost their dramatic necessity. They tend to be replaced by scenes which arouse empathy and emotion. Nonetheless, they remain as psychological signs of tensions within families (jealousy, rivalry…), and pay tribute to a comic tradition from which Destouches claims to draw his inspiration, but from which he also tries to distance himself.

Catherine Ramond est maître de conférences habilitée à diriger des recherches en littérature française du XVIIIe siècle à l’Université Bordeaux-Montaigne et membre de l’équipe TELEM. Ses recherches portent principalement sur les formes de la fiction narrative et dramatique, et sur les relations qu’elles entretiennent aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle a publié : Roman et théâtre au XVIIIe siècle. Le Dialogue des genres, Oxford, Voltaire Foundation, SVEC, 2012, La Voix racinienne dans les romans du XVIIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2014. Elle dirige avec Marie-Emmanuelle Plagnol une édition du Théâtre complet de Destouches (Classiques Garnier, 4 volumes à paraître).

Catherine Ramond is an assistant professor at the University of Bordeaux-Montaigne (EA TELEM), France. A specialist of early modern French literature, her work is concerned with the forms of narrative and dramatic fiction and with their relationship in the seventeenth and eighteenth centuries. She has published Roman et théâtre au XVIIIe siècle. Le Dialogue des genres, Oxford, Voltaire Foundation, SVEC, 2012, La Voix racinienne dans les romans du XVIIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2014. She is, along with Marie-Emmanuelle Plagnol, currently co-editing the Complete Theatrical Works of Destouches (Classiques Garnier, 4 volumes, forthcoming).

 

Jean Luc Robin (The University of Alabama)

La triple dimension de la dispute chez Molière

Éminemment structurante, la dispute se décline en trois dimensions dans les pièces de Molière. Premièrement, au niveau microstructurel, de nombreuses scènes de dispute ouvrent ou rythment ses comédies, adoptant des formes et des significations plus riches que ce qu’exige le traitement dans la comédie classique du conflit causé par l’obstacle. Deuxièmement, à l’exemple des Femmes savantes, c’est la pièce elle-même en tant que macrostructure qui peut apparaître intégralement composée comme une ample scène de dispute à teneur idéologique, en l’occurrence une transposition parodique du dualisme cartésien. Troisièmement, la dispute structure encore la dimension métathéâtrale dans La Critique de L’École des femmes et L’Impromptu de Versailles, où Molière met son art en dispute en l’assimilant habilement à la comédie elle-même afin de dévoiler sa poétique. Cette approche de la triple dimension microstructurelle, macrostructurelle et métathéâtrale de la dispute autorise un questionnement transversal et concret de la dramaturgie moliéresque.

Dispute as a Tripartite Structural Force in Molière

Dispute structures Molière’s plays on three levels. First, at the microstructural level, numerous dispute scenes open or punctuate his comedies, assuming forms and significations richer than what is strictly required by the treatment of conflict in classical comedy. Second, as seen in The Learned Ladies, as a macrostructure the play itself may appear as one long scene of dispute with an ideological purpose, in this case staging a parody of Cartesian dualism. Third, dispute also structures the self-referential metatheatricality in The Critique of the School for Wives and The Impromptu of Versailles. In these two plays, the subject of debate becomes Molière’s own art, which he cleverly equates with the comic genre itself in order to reveal his poetics. Approaching dispute on its microstructural, macrostructural and metatheatrical levels allows for a transversal and concrete examination of Molière’s dramaturgy.

Jean Luc Robin est professeur associé à l’Université d’Alabama. Il enseigne la littérature française de l’Ancien Régime. Centré sur Descartes et Molière, son programme de recherche pluridisciplinaire articule littérature, philosophie et science du XVIIe siècle. Il prépare un ouvrage intitulé Impie en philosophie ? Dramaturgie et philosophie chez Molière. Il a publié récemment « Impie en philosophie. Dramaturgie et idéologie chez Molière » (Molière : toujours et encore !, dir. Jean-Marc Joubert, Presses Universitaires de l’ICES, 2011) et « Les deux cultures au cabinet : Vers une topographie de la science et la littérature à l’âge classique » (Lieux de culture dans la France du XVIIe siècle, dir. William Brooks, Christine McCall Probes et Rainer Zaiser, Peter Lang, 2012).

Jean Luc Robin is associate Professor of French at The University of Alabama. He teaches early modern French literature and thought. Focusing on Descartes and Molière, his interdisciplinary research addresses the relationships between seventeenth-century literature, philosophy, and science. His book in progress is entitled Impie en philosophie ? Dramaturgie et philosophie chez Molière. Recent publications include « Impie en philosophie. Dramaturgie et idéologie chez Molière » (Molière : toujours et encore !, ed. Jean-Marc Joubert, Presses Universitaires de l’ICES, 2011) and « Les deux cultures au cabinet : Vers une topographie de la science et la littérature à l’âge classique » (Lieux de culture dans la France du XVIIe siècle, ed. William Brooks, Christine McCall Probes et Rainer Zaiser, Peter Lang, 2012).

 

David Worrall (Nottingham Trent University)

Célébrités britanniques et silence dans les salles : le cas Macklin « Late of Covent-Garden Theatre » (1775)

Cet article explique combien la participation véhémente du public était récurrente dans le théâtre à Londres dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. En particulier, le gérant et acteur de renommée David Garrick ne put (ou ne souhaita pas) contenir le public de Drury Lane qui obtint la suspension des représentations. Le conflit aboutit au renvoi de Charles Macklin de Covent Garden en 1774 et au procès qu’il intenta contre les membres du public. Le jugement fut rendu par Lord Mansfield qui déclara que des membres du public identifiés, ayant conspiré à empêcher les acteurs de gagner leur vie (la perte de leur « pain »), pouvaient être condamnés, pour incitation à la révolte, à payer des dommages et intérêts ainsi qu’à purger des peines de prison.

Quiet theatres, the rise of celebrity and the case [of] Mr. Macklin, Late of Covent-Garden Theatre (1775)

This essay argues that audience disruption was endemic in mid-Georgian London theatre. In particular, the celebrity actor and manager David Garrick was unable – or unwilling – to stop unruly audience factions bringing the performances to a halt at Drury Lane. The essay shows how matters were brought to a head by Charles Macklin’s dismissal from Covent Garden in 1774 and the subsequent legal case he brought against members of the audience. The case was heard by Lord Mansfield, who ruled that identifiable audience members who conspired to stop performers earning their living (the loss of their ‘bread’) could be convicted of conspiracy to riot and damages and prison sentences given against them.

David Worrall est professeur émérite du département d’anglais de Notthingham Trent University. Il est lauréat de la British Academy, du Arts and Humanities Research Council, de Leverhulme Trust, de la Panacea Society et de l’Australian National University.Il est l’auteur de Theatric Revolution: Drama, Censorship and Romantic Period Subcultures (Oxford University Press, 2006) et de Celebrity, Performance, Reception: British Georgian Theatre as Social Assemblage (Cambridge University Press, 2014).

David Worrall is professor emeritus of English at Nottingham Trent University. He has received funding awards and fellowships from the British Academy, Arts and Humanities Research Council, Leverhulme Trust, Panacea Society and the Australian National University. He is the author of Theatric Revolution: Drama, Censorship and Romantic Period Subcultures (Oxford University Press, 2006) and Celebrity, Performance, Reception: British Georgian Theatre as Social Assemblage (Cambridge University Press, 2014).

 

 

 

 

 

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