Institut de Recherche sur la Renaissance, l'âge Classique et les Lumières (IRCL - UMR 5186)


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Arrêt sur scène / Scene Focus
Une revue en ligne bilingue publiée par l'IRCL / A bilingual online journal published by the IRCL

 


N° 01 - 2012

 

Pyrame & Thisbé : la mort des amants

Pyramus & Thisbe : the death of lovers

 

Dirigé par / Edited by

Bénédicte Louvat-Molozay (Université Montpellier 3, IRCL) & Janice Valls-Russell (CNRS, IRCL)

156 pages

Photo © Nathaniel Baruch

 

Présentation / Presentation

 

Sommaire / Contents

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstracts and bio-biblios

 

 

Présentation / Presentation

 

Conçue déjà par Ovide, au livre IV des Métamorphoses, comme une véritable scène, la mort de Pyrame et Thisbé a fait l’objet de multiples adaptations littéraires et représentations picturales, tant sont grandes la singularité et la puissance pathétique de cette double mort causée par une tragique méprise. Dans l’histoire des réécritures modernes du sujet, deux œuvres se sont imposées comme majeures, au point de contraindre les adaptateurs postérieurs à une confrontation avec elles autant qu’avec l’hypotexte ovidien : la pièce enchâssée du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare et Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau. Le sujet semble même, chez Shakespeare, réduit à la scène de la mort ou, plus justement, à sa parodie ; chez Théophile, la mort des amants nourrit une longue séquence, qui marquera durablement ses contemporains. C’est donc autour de ces deux colonnes que s’est bâti ce numéro d’Arrêt sur Scène/Scene Focus, dans des perspectives quelque peu distinctes : la pièce de Théophile de Viau ayant, d’une part, été moins étudiée que celle de Shakespeare et ayant, d’autre part, connu un regain d’intérêt grâce à la mise en scène de Benjamin Lazar (2011) qui fut à l’origine de la conception de ce numéro, il a semblé nécessaire d’élargir l’analyse à l’ensemble de l’œuvre, à son contexte de création et à sa réception ; la séquence de la mort des amants chez Shakespeare est, de son côté, étudiée par comparaison avec le sujet de Roméo et Juliette et à partir de quelques-unes de ses mises en scène, dont certaines font écho à des représentations picturales.

 

In Book IV of Metamorphoses, Ovid already structured the death of Pyramus and Thisbe in a theatrical, scene-like manner. Since then, this final episode of the story, marked by the singularity and powerful pathos of a twofold death arising from a tragic error, has inspired countless literary and visual adaptations and representations. Two major works have become landmarks in the history of these appropriations, to the extent that later adaptations have had to engage with them as well as the Ovidian hypotext: the play-within-the-play in Shakespeare’s A Midsummer Night’s Dream, and Théophile de Viau’s Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé. In Shakespeare’s comedy, the Ovidian story seems to have been cut back to the death scene – or rather to its parody; in Théophile’s tragedy, the lovers’ suicides give rise to a long sequence that lastingly influenced his contemporaries. This issue of Arrêt sur Scène/Scene Focus is organised around those two plays, which are addressed from different perspectives: Théophile de Viau’s play having received less critical attention than Shakespeare’s, while enjoying a renewal of interest thanks to Benjamin Lazar’s production (2011), which was the starting-point for this issue, it appeared necessary to include contributions that discuss the scene in a broader context, in terms of creation and reception; the death sequence in Shakespeare invites comparisons with Romeo and Juliet and is approached through a selection of productions, some of which seem to echo iconographic reworkings of the myth.

 

Ont collaboré à ce numéro : Sandrine Blondet, Fabien Cavaillé, Nicoleta Cinpoes, Bénédicte Louvat-Molozay, Florence March, Lise Michel, Dominique Moncond’huy, Pierre Pasquier, Michèle Rosellini et Janice Valls-Russell.

Avec la participation de : Jodie Blin et Noëmie Charrié.

 

Sommaire / Contents

 

Bénédicte Louvat-Molozay et Janice Valls-Russell (IRCL, Université de Montpellier 3)

Prologue

 

I. Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau

Fabien Cavaillé (Université de Caen — Basse Normandie)

Singularité de Pyrame ? Théophile face aux tragédies d’amour françaises (1600-1620)

Pierre Pasquier (Université de Tours)

Une scénographie exceptionnelle pour une tragédie atypique : réflexions sur le décor des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile dans le Mémoire de Mahelot

Illustration

Michèle Rosellini (E.N.S. de Lyon)

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé : paradoxes d’un théâtre tragique épicurien ?

Sandrine Blondet (Université de Chambéry)

Le Pyrame du sieur de La Serre : hommage ou opportunisme ?

 

II. De Pyrame et Thisbé à Pyrame et Thisbé

Lise Michel (Université de Lausanne)

Le passé présent : le « temps » de Pyrame et Thisbé dans l’imaginaire critique du XVIIe siècle

Bénédicte Louvat-Molozay (Université de Montpellier 3)

La postérité de la mort de Pyrame et Thisbé dans le théâtre français des XVIIe et XVIIIe siècles

Dominique Moncond’huy (Université de Poitiers)

Les représentations picturales du triste sort de Pyrame et Thisbé : attendus et enjeux du sujet

 

III. Autour de Shakespeare

Janice Valls-Russell (IRCL-UMR5186 du CNRS)

Des murs de Pompéi aux planches de Stratford : la mise en corps de la mort de Pyrame et Thisbé

Florence March (Université de Montpellier 3)

Pyrame et Thisbé revisité par Shakespeare et Vilar dans Le Songe d’une nuit d’été : le théâtre populaire en abyme

Nicoleta Cinpoes (University of Worcester)

Pyramus and Thisbe 4 You or a « Wondrous Strange » Tale of Contemporary Romanian Shakespeare

 

Épilogue

Table ronde avec Benjamin Lazar et Anne-Guersande Ledoux autour de la mise en scène de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau par B. Lazar (transcription et annotation par Noëmie Charrié)

Compte-rendus de spectacles

« Avec la liberté de la voix et des yeux » : la recréation des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé par le Théâtre de l’Incrédule, par Michèle Rosellini

Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare : extraits de recensions publiées dans Cahiers Élisabéthains, sélectionnés par Jodie Blin (Université Montpellier 3)

 

Bibliographie

 

Résumés et notices bio-bibliographiques / Abstracts and bio-biblios

 

 

Sandrine Blondet

Le Pyrame du sieur de La Serre : hommage ou opportunisme ?

 

L’étude se propose de prendre pour objet le Pyrame et Thisbé que Puget de La Serre composa à la suite de Théophile. Malgré les apparences, ces deux pièces n’entrent pas officiellement en rivalité : d’une part, elles sont publiées à six ans de distance (1623 et 1629) ; de l’autre, la mort de Théophile au milieu de cet écart temporel, le 25 septembre 1626, exclut la possibilité d’une concurrence frontale entre les deux dramaturges. De fait, l’Avis au Lecteur présente explicitement l’ouvrage de Puget comme un hommage à son devancier. À cela s’ajoute la qualité médiocre de cette première tragédie, qui semble se contenter de transposer en prose le Pyrame de Théophile. Dès lors, la pièce de Puget de La Serre résulterait moins d’un coup d’essai prometteur que de la mise en œuvre d’une stratégie proprement carriériste, celle de profiter de l’aura d’un illustre prédécesseur pour tenter de se faire un nom. Sans relever de la concurrence dramatique proprement dite, la pièce de Puget de La Serre en mettrait toutefois en jeu les rouages les plus usuels.

 

Sieur de la Serre’s Pyrame: tribute or opportunism?

 

This study considers Pyrame et Thisbé, which Puget de la Serre wrote in the wake of Théophile de Viau’s play. Contrary to what one might think, the two plays did not directly compete: they were published at six years’ interval (1623 and 1629); and Théophile de Viau’s death on 25 September 1626 rules out all possibility of a frontal rivalry between the two playwrights. In fact, the Address to the Reader explicitly presents Puget’s play as a tribute to his predecessor. Puget de la Serre’s play consequently comes across not so much as a promising first attempt than as a career strategy, whereby a playwright attempts to benefit from the aura of a famous predecessor to make a name for himself. Without being an instance of straightforward competition, Puget de la Serre’s play draws on the more usual strategies associated with competition between dramatists.

 

Après des études de lettres et de musicologie menées à la Sorbonne et au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, Sandrine Blondet a consacré sa thèse de doctorat, sous la direction de Georges Forestier, aux pièces rivales des théâtres parisiens du XVIIe siècle, et plus largement à la concurrence que se livrèrent les compagnies de l'Hôtel de Bourgogne, du Marais et de l'Illustre Théâtre entre 1630 et 1650. Actuellement post-doctorante attachée au projet ANR « Les Idées du Théâtre », que dirige Marc Vuillermoz (Université de Savoie), elle prépare en parallèle la publication de ce doctorat, participe à l’édition du théâtre d’Alexandre Hardy, et s’apprête à réaliser celle de la production tragicomique de Nicolas Desfontaines.

 

After studying French literature and musicology at the Sorbonne and the Conservatoire national supérieur de musique of Paris, Sandrine Blondet wrote a doctorate, supervised by Georges Forestier, on “rival plays” in the Paris theatre of the 17th century and, more widely, on the rivalry that opposed the companies of the Hôtel de Bourgogne, the Marais, and the Illustre Théâtre between 1630 and 1650. Currently on a postdoctoral fellowship attached to a research project, “Les idées du théâtre”, led by Marc Vuillermoz (Université de Savoie), Sabine Blondet is working on the publication of her thesis, contributing to the edition of Alexandre Hardy’s plays, and planning an edition of Nicolas Desfontaines’ tragi-comedies.

 

Fabien Cavaillé (Université de Caen — Basse Normandie)

Singularité de Pyrame ? Théophile face aux tragédies d’amour françaises (1600-1620)

 

Cet article réexamine l’idée selon laquelle la pièce de Théophile serait un hapax dans le théâtre français du premier tiers du XVIIe siècle. Pourtant, la production tragique de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècles est marquée par un mouvement de fond, qui promeut le sujet amoureux, l’aventure romanesque, le malheur des innocents et la pitié. Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé relèvent de ce courant sentimental dont elles sont un des exemples les plus aboutis. Il convient d’observer l’unique tragédie du poète à la lumière de ce corpus. La singularité de Pyrame et Thisbé se relativise alors moins qu’elle ne se déplace : si la plupart des inventions dramatiques de Théophile existent déjà ailleurs, la pièce porte cependant la marque de son auteur et semble participer d’une image de soi que construit le second tome des Œuvres du sieur Théophile.

 

Pyrame’s singularity? Théophile de Viau and French love tragedies (1600-1620)

 

This article addresses the idea that Théophile’s play is an hapax in the French drama of the first third of the 17th century. In fact, late 16th and early 17th-century French tragedies are fashioned by the recurring themes of tragic love, romance, the misfortunes of innocence and compassion. Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé belongs to that sentimental corpus, of which the play is one of the most elaborate examples. It is interesting to study Théophile de Viau’s one and only tragedy in that light. The play’s singularity is to be considered rather in the context of his own work, in the ways it resorts to existing dramatic techniques while bearing its author’s mark and contributing to the elaboration of a persona that characterizes volume 2 of the Œuvres du sieur Théophile.

 

Ancien élève de l’ENS et agrégé de lettres, Fabien Cavaillé est maître de conférences au département des Arts du spectacle de l’Université de Caen—Basse Normandie. Après une thèse sur l’œuvre d’Alexandre Hardy (Alexandre Hardy et le théâtre de ville français, à paraître chez Garnier), il collabore à l’édition des cinq tomes du Théâtre d’Alexandre Hardy, parisien, publié chez Garnier. Ses travaux portent, d’une part, sur les relations entre spectacles et villes à la période moderne et, d’autre part, le développement de nouvelles formes de sentimentalité autour de la tragi-comédie et de la tragédie à sujet amoureux.

 

A former student of the École nationale supérieure and agrégé of French Literature, Fabien Cavaillé is lecturer at the Department of Performance Studies of the University of Caen—Basse Normandie. The author of a doctorate on Alexandre Hardy (Alexandre Hardy et le theâtre de ville, forthcoming from Garnier), he is currently contributing to the 5-volume edition of the Théâtre d’Alexandre Hardy, to be published by Garnier. His research covers the relationship between performance and the urban world in the modern world and the emergence of new forms of sentimentality in love tragicomedies and tragedies.

 

Nicoleta Cinpoes (University of Worcester, UK)

Pyramus and Thisbe 4 You, ou une histoire « merveilleusement étrange » de Shakespeare dans la Roumanie contemporaine

 

Comme l’indique le titre ludique de cette création, Pyramus and Thisbe 4 You, mis en scène par Alexandru Dabija au théâtre de l’Odéon de Bucarest, invite le public à démythifier à la fois des mises en scène roumaines récentes et le potentiel dramatique contemporain du théâtre shakespearien. L’étude de cette mise en scène reconstitue le contexte culturel local auquel s’adosse cette mise en scène tout en le déconstruisant en engageant un dialogue avec le rapport du monde du théâtre roumain à Shakespeare. Est abordée la « Prise 1 », version jouée intégralement par des comédiennes reconnues de l’Odéon, en renvoyant au théâtre élisabéthain, où seuls des hommes étaient autorisés sur les planches, et au Lear, joué exclusivement par des femmes, mis en scène par Andrei Serban au Bulandra en 2008. La « Prise 2 » use d’un « procédé ancien » (V.1.50), une séance entre un enseignant et des étudiants de l’Académie du théâtre et du cinéma : elle est mise en regard à la fois avec le jargon « plus étrange que vrai » (V.1.2) de la critique et ses « théories de perception et de réception », et l’approche hi-tech qui a dominé les mises en scène roumaines dans la première décennie du XXIe siècle. La « Prise 3 », qui évoque le discours politique sur la discrimination ethnique, peut se lire comme une « satire vive et critique » (V.1.54) tant de la censure communiste que de la montée récente du nationalisme en Roumanie. La « Prise 4 », lecture-improvisation « froide » jouée par l’équipe de techniciens (les « artisans » de cette mise en scène), s’assimile à un « jeu de toute évidence grossier » (V.1.376) sur le travail de l’acteur et les attentes du public. Je cherche ainsi à démontrer que cette mise en scène de Dabija dépasse le contexte et les coutumes locales, pour inviter à une réévaluation du capital culturel shakespearien dans la Roumanie (européenne) et plus largement en Europe, en dénonçant les pratiques tyranniques des études shakespeariennes : depuis la traduction et l’adaptation, en passant par la mise en scène et le jeu des acteurs, jusqu’au rôle du spectateur et du critique de théâtre.

 

Pyramus and Thisbe 4 You or a “Wondrous Strange” Tale of Shakespeare in Romania

 

Like its title, Pyramus and Thisbe 4 You, Alexandru Dabija’s production at the Odeon Theatre, Bucharest, was a tongue-in-cheek invitation to the audience that at once aimed to tease past and recent Romanian endeavours and to tease out the stage potential a Shakespeare play holds today. My examination of the production re-constructs the local cultural contexts the production plays with and against, referring to the Romanian ways of making Shakespeare this production enters into dialogue with. Take 1, an all-female version casting the mature stars of the Odeon, I read against both Elizabethan all-male stage practice and Andrei Serban’s all-female Lear at the Bulandra (2008). Take 2, “an old device” (V.1.50): a teacher-student “devising” session at the Academy of Theatre and Cinema, I read against critics’ “more strange than true” (V.1.2) parlance on “theories of perception and reception” and against hi-tech Shakespeare dominating the Romanian stages in the first decade of the third millennium. Take 3, local political banter on ethnic discrimination, I read as “satire keen and critical” (V.1.54) on both communist censorship and the recent rise of nationalism in Romania. Take 4, a “cold” reading-cum-improvisation performed by the technical crew – this production’s mechanicals – I read as “palpable-gross play” (V.1.376) on both acting and spectating practices. What I argue in this article is that Dabija’s production goes beyond its local context and mores, and proposes a re-assessment of Shakespeare’s cultural currency in (European) Romania and Europe at large by exposing current tyrannies in Shakespeare studies: from translation and adaptation, through directing and acting, to viewing and reviewing.

 

Nicoleta Cinpoes est maître de conférences à l’Université de Worcester, où elle enseigne la littérature de la Renaissance anglaise, à la fois dans son contexte d’origine et dans les adaptations contemporaines ; elle est co-directrice du Early Modern Research Group (groupe de recherche sur la première modernité) de Worcester. Elle est l’auteur de Shakespeare’s Hamlet in Romania 1778-2008: A Study in Translation, Performance and Cultural Appropriation (Mellen, 2010) et du site en accès libre The Jacobethans(Elizabethan and Jacobean Drama) de l’Université de Warwick. Elle a publié des articles et des chapitres dans Shakespeare Bulletin, SEDERI, Studia Dramatica, ainsi que dans plusieurs ouvrages collectifs, dont, plus récemment, The Hamlet Zone, Theatrical Blends et Shakespeare in Europe: History and Memory. Elle a également exercé différentes fonctions au théâtre : dramaturge, assistante metteur en scène, traductrice. Elle prépare actuellement un ouvrage collectif sur Thomas Kyd, Doing Kyd (Manchester University Press, à paraître), et collabore à une nouvelle traduction roumaine des Œuvres complètes de Shakespeare, signant des introductions à Hamlet (2010), Titus Andronicus et La Comédie des erreurs.

 

Nicoleta Cinpoes is senior lecturer in English – Shakespeare at the University of Worcester, where she teaches Renaissance Literature, in its original context and in contemporary adaptation, and is co-director of Worcester’s Early Modern Research Group. She is the author of Shakespeare’s Hamlet in Romania 1778-2008: A Study in Translation, Performance and Cultural Appropriation (Mellen, 2010) and of the open-access website: The Jacobethans. Her work has appeared in Shakespeare Bulletin, SEDERI, Studia Dramatica, and in a number of volumes of collected articles, most recently The Hamlet Zone, Theatrical Blends and Shakespeare in Europe: History and Memory. In the theatre, she has worked in several capacities – from that of dramaturge to assistant director and translator. Currently, she is editing Doing Kyd (forthcoming, MUP) and collaborating on a new Romanian translation of Shakespeare’s Complete Works, writing introductions to Hamlet (2010), Titus Andronicus, and The Comedy of Errors.

 

Bénédicte Louvat-Molozay

La postérité de la mort de Pyrame et Thisbé dans le théâtre français des XVIIe et XVIIIe siècles

 

Le succès durable des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau est, au moins en partie, le succès d’un dispositif particulièrement pathétique : celui-là même qui est mis en œuvre au cinquième acte de la pièce et fait se succéder deux représentations, en miroir, de la mort d’amour. C’est au double devenir de cette séquence qu’est consacrée l’étude, qui piste tout d’abord l’histoire du motif de la mort des amants tel qu’il est mis en œuvre, après Pyrame et Thisbé, dans la pastorale et surtout la tragédie des années 1620 et 1630, puis celle de l’appropriation, à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècles, de la séquence de la mort des protagonistes dans les différentes adaptations, théâtrales (tragédie avec Pradon, parodies composées par les Italiens ou les Forains) et opératiques (la tragédie en musique de La Serre), du sujet de Pyrame et Thisbé. Au-delà de la postérité du modèle que constitue, très vite, la pièce de Théophile, il s’agit donc de mettre en évidence les invariants mais aussi les écueils, propres à chaque genre comme à chaque époque, de la séquence de la mort de Pyrame et Thisbé.

 

The death of Pyramus and Thisbe and its aftermath in French 17th- and 18th-century drama

 

The enduring success of Théophile de Viau’s Amours tragiques de Pyrame et Thisbé was partly the success of a singularly pathetic dramatic structure: the one which, in Act V, offers a double staging of the lovers’ death in a mirror pattern. This contribution focuses on the aftermath of this twofold sequence: after a historical survey of the double death motif in the pastorals and tragedies of the 1620s and 1630s, this essay retraces the appropriation of the scene, at the end of the 17th and early 18th centuries, in various adaptations: on stage (in a tragic vein with Pradon, or a parodic one in the Italian or Fair Theatre) and in opera (La Serre’s musical tragedy). While considering the extent to which Théophile de Viau’s play soon became a model, this paper seeks to draw attention to the recurring aspects but also the pitfalls of these imitations, in each genre as in each period.

 

Maître de conférences en littérature française habilitée à diriger des recherches à l’université Paul Valéry—Montpellier 3, membre de l’Institut universitaire de France, Bénédicte Louvat-Molozay travaille sur le théâtre français du XVIIe siècle. Elle a publié plusieurs ouvrages (notamment Théâtre et musique. Dramaturgie de l’insertion musicale dans le théâtre français (1550-1680), Champion, 2002 ; Le Théâtre, GF-Corpus, 2007), et une quarantaine d’articles. Elle a également édité, seule ou en collaboration, une dizaine de textes dramatiques (Rotrou, Mairet, Molière) ou théoriques (les Discours de Corneille, en collaboration avec Marc Escola, GF-Dossier, 1999) de la période et dirigé ou co-dirigé plusieurs volumes collectifs (dont Le Spectateur de théâtre à l’âge classique, L’Entretemps,  2008, avec Franck Salaün). Elle vient de terminer un essai sur l’élaboration du modèle tragique français entre 1610 et 1642 ; elle dirige ou co-dirige enfin plusieurs programmes de recherche à l’IRCL, parmi lesquels le programme « Arrêt sur scène/Scene Focus » (avec Nathalie Vienne-Guerrin) et « Textes hybrides : les contacts entre français et occitan dans le théâtre du XVIIe siècle ».

 

A senior lecturer in French literature at Université Paul Valéry—Montpellier 3, and a member of the Institut universitaire de France, Bénédicte Louvat-Molozay specializes in French 17th-century literature. She has published several works, which include Théâtre et musique. Dramaturgie de l’insertion musicale dans le théâtre français (1550-1680), Champion, 2002; Le Théâtre, GF-Corpus, 2007; and some forty articles. She has also edited or co-edited ten plays (by Rotrou, Mairet, Molière) and theoretical works (such as Corneille’s Discours, with Marc Escola, GF-Dossier, 1999), and directed and co-directed several collections of essays (such as Le Spectateur de théâtre à l’âge classique, L’Entretemps, 2008, with Franck Salaün). She has recently completed an essay on the elaboration of the French tragic model between 1610 and 1642. She also leads or co-leads several research programs at the IRCL, which include “Arrêt sur scène/Scene Focus” (with Nathalie Vienne-Guerrin) and “Hybrid Texts: the contacts between French and Occitan in 17th-century drama”.

 

Florence March

Pyrame et Thisbé revisité par Shakespeare et Vilar dans Le Songe d'une nuit d'été : le théâtre populaire en abyme

 

Lorsqu'il crée le Festival d'Avignon en 1947, Jean Vilar a déjà en tête de mettre en scène Le Songe d'une nuit d'été dans la Cour d'honneur du Palais des Papes. La comédie est particulièrement appropriée à sa volonté de promouvoir la dimension festive d'un théâtre de plein air, partagé par un public nombreux et le plus diversifié possible. Ce n'est que lors de la treizième édition, en 1959, qu'il concrétise son projet, au moment où se pose de manière aiguë pour lui la question du renouvellement du théâtre populaire en Avignon, dont il veut éviter à tout prix qu'il ne devienne traditionnel. La dimension métathéâtrale du Songe shakespearien, qui donne à voir les répétitions et la représentation de Pyrame et Thisbé par une troupe de comédiens amateurs et démonte les mécanismes de l'illusion, prend tout son sens dans le contexte de la réflexion menée par Vilar. D'une part la mise en scène de la pièce enchâssée, qui traverse le Songe tel un fil rouge, fait écho par bien des aspects à la vision et la pratique du théâtre populaire selon Vilar : le souci du spectateur, l'humilité des artisans qui évoque le refus de la starisation par celui qui, vêtu de son éternel bleu de travail, se disait régisseur plutôt que metteur en scène, la diversité des classes sociales réunies pour partager la fête théâtrale... D'autre part, la mise en scène parodique de la tragédie enchâssée véhicule à la fois la volonté de Vilar de promouvoir un théâtre de questionnement, et son regard critique, sans complaisance, lors de cette édition du Festival qui marque selon lui un tournant de l'histoire du théâtre populaire en Avignon.

 

Pyrame et Thisbé revisited by Shakespeare and Vilar in A MIdsummer Night's Dream: a mise en abyme of popular theatre

 

When he created the Avignon Festival in 1947, Jean Vilar had already planned to stage A Midsummer Night's Dream in the Honour Court of the Papal Palace. Shakespeare's comedy seemed appropriate to promote the festive quality of open-air theatre, which addressed large audiences of diversified social origins. It was only in 1959, for the 13th edition of the Avignon Festival, that Vilar actually produced the play, at a time when he faced the issue of renewing popular theatre in Avignon so as to prevent it from becoming predictable. In such a context, programming A Midsummer Night's Dream, whose metatheatrical dimension allows an insight into the rehearsals and the performance of Pyramus and Thisbe by an amateur company and deconstructs the mechanisms of theatrical illusion, proved a highly significant gesture. On the one hand, the embedded play crystallises Vilar's vision and practice of popular theatre in many ways: the position of the spectator is enhanced; the craftsmen's humility echoes Vilar’s attitude as he haunted the stage in dungarees, fought against stardom and preferred to be called a "stage manager" rather than a "director"; various social classes are gathered to celebrate a festive theatrical event. On the other hand, the parodic treatment of the tragedy within the comedy conveys both Vilar’s agenda to promote a theatre that stimulates questioning and debate, and his critical, non complacent attitude to the Festival which, according to him, had reached a turning point in the history of popular theatre in Avignon.

 

Florence March est professeur de Littérature anglaise des XVIe et XVIIe siècles à l’Université Paul Valéry—Montpellier 3 et membre de l’IRCL (UMR5186 du CNRS). À la croisée des études théâtrales et des études anglophones, elle a publié Shakespeare au Festival d'Avignon. Configurations textuelles et scéniques, 2004-2010 (L'Entretemps, 2012), Ludovic Lagarde. Un théâtre pour quoi faire (Les Solitaires Intempestifs, 2010), La Comédie anglaise après Shakespeare. Une esthétique de la théâtralité 1660-1710 (Publications de l'Université de Provence, 2010) et Relations théâtrales (préface de G. Banu, L’Entretemps, 2010). Elle a également codirigé l’ouvrage Théâtre anglophone. De Shakespeare à Sarah Kane : l’envers du décor (L’Entretemps, 2008).

 

Florence March is professor in Early Modern English Literature at Université Paul Valéry—Montpellier 3 and a member of the IRCL (UMR5186). Recent publications include a book on the French stage director Ludovic Lagarde (Ludovic Lagarde. Un théâtre pour quoi faire, 2010), a monograph on theatricality in Restoration comedy (La Comédie anglaise après Shakespeare. Une esthétique de la théâtralité 1660-1710, 2010), and a collection of short texts on the pact of performance which frames the relationship between stage and audience at the Avignon Festival (Relations théâtrales, 2010). Her latest monograph on Shakespeare in performance at the Avignon Festival (Shakespeare au Festival d'Avignon. Configurations textuelles et scéniques, 2004-2010) was issued in 2012.

 

Lise Michel

Le passé présent : le « temps » de Pyrame et Thisbé dans l’imaginaire critique du XVIIe siècle

 

Dans le discours critique du XVIIe siècle, la tragédie de Pyrame et Thisbé est sans cesse sollicitée dans un rapport ambigu au temps littéraire. Mobilisée comme un élément structurant de l’imaginaire critique, elle semble toujours appartenir au présent de la littérature. Cependant, elle est très tôt reconnue et même construite par ce même discours comme structure surannée. On propose ici quelques pistes pour comprendre pourquoi l’œuvre de Théophile a fait l’objet de cette tension entre actualité et passé du goût dramatique. Pyrame et Thisbé se révèle en réalité susceptible de donner à penser une forme singulière de continuité avec le passé et d’incarner une autre possibilité toujours actualisée de l’histoire littéraire.

 

Past present: The periodisation of Pyrame et Thisbé in the representations of 17th-century criticism

 

In the critical discourse of the 17th century, the tragedy of Pyrame et Thisbé is constantly alluded to in an ambiguous relationship with literary temporality. Invoked as a structuring element of critical representations, the play invariably seems to belong to the here and now of literature while being simultaneously recognized and even constructed by the same discourse as an antiquated structure. This essay proposes a few directions in an attempt to understand why Théophile’s play has been at the heart of a tension between contemporaneity and the past in theatrical tastes. Pyrame et Thisbé emerges as having a potential to suggest a rare form of continuity with the past while embodying the potential of renewal in literary history.

 

Lise Michel, ancienne élève de l’ENS, agrégée de lettres classiques, est professeure assistante à l’Université de Lausanne. Ses recherches portent sur le théâtre de l’époque classique. Elle a publié plusieurs articles sur des questions de poétique dramatique, coédité deux recueils (La Reconnaissance sur la scène française, APU, 2006 ; La Scène et la coulisse dans le théâtre du XVIIe siècle en France, PUPS, 2011) et participé à l’édition des Œuvres complètes de Molière dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (2010). Son ouvrage Des Princes en figure. Politique et invention tragique (1630-1650) est sous presse (PUPS, 2013).

 

A former student of the École normale supérieure, agrégée in the classics, Lise Michel is assistant professor at the Université de Lausanne. Her research centres on drama in the French classical era. She has published several articles on poetics, co-edited two collections of essays and contributed to the edition of Molière’s Complete Works in the Bibliothèque de la Pléiade (2010). Her monograph, Des Princes en figure. Politique et invention tragique (1630-1650), is forthcoming from PUPS (2013).

 

Dominique Moncond’huy (Université de Poitiers)

Les représentations picturales du triste sort de Pyrame et Thisbé : attendus et enjeux du sujet

 

Comment la fable de Pyrame et Thisbé a-t-elle été représentée ? Quels problèmes posait-elle et quelles solutions les artistes ont-ils choisi de mettre en œuvre ? En interrogeant donc la question du sujet de la représentation, on dégagera ses traits spécifiques, liés au narratif et débouchant inévitablement, ou quasiment, sur une lecture symbolique, qui dépasse les seuls amants. On en viendra à aborder le problème du genre (théâtral et pictural) et, de ce fait, la perception de la fable elle-même à la Renaissance et au début de l’Age classique – en passant par la représentation offerte par Poussin. La démarche adoptée ne relèvera donc pas exactement de l’histoire de l’art : elle ambitionne plutôt de mettre en perspective le sujet par l’image qui en était offerte – et d’offrir ce faisant quelques éléments de compréhension de la fable par ce que l’image nous en dit.

 

Pictorial representations of the sad fate of Pyramus and Thisbe: expectations and issues

 

How was the Pyramus and Thisbe story represented? What problems did it raise and what solutions did artists opt for? Addressing the issue of representation, this paper seeks to bring out specific characteristics that are related to the narrative and almost inevitably open onto a symbolic interpretation that encompasses much more than the fate of the lovers themselves. This leads into considerations on the issue of genre (dramatic and iconographic) and on the way the tale was perceived at the Renaissance and in the French classical era, which was marked by Poussin’s painting. The approach is not that of the art historian, but rather an invitation to consider the theme of Pyramus and Thisbe’s death from the perspective of its pictorial representations and to offer thereby some insights into the story.

 

Dominique Moncond’huy enseigne la Littérature française du XVIIe siècle à l’Université de Poitiers. Il a d’abord travaillé sur la tragédie des années 1630 et 1640, donnant notamment des éditions critiques de Scudéry et de Rotrou, dirigeant un numéro de Littératures classiques sur Du Ryer, ou encore publiant sur Mairet ou Cyrano. Il s’est aussi intéressé à d’autres aspects du théâtre grave du XVIIe siècle, par exemple en co-dirigeant, avec Bénédicte Louvat-Molozay, un numéro de La Licorne sur « Racine poète ». Son intérêt pour Scudéry (pour son Cabinet comme pour ses Femmes illustres) l’a amené à s’intéresser à la peinture, au phénomène de la galerie et des collections, mais aussi à l’analyse de tableaux (pratique qui a débouché sur la participation à un ouvrage collectif : L’Art pris au mot ou comment lire les tableaux…, Paris, Gallimard, 2007, en collaboration avec Alain Jaubert, Valérie Lagier et Henri Scepi). Dans le prolongement de ce parcours, il consacre désormais une part importante de ses activités de recherche aux cabinets de curiosités ; il codirige le site Curiositas, qui leur est consacré.

 

Dominique Moncondhuy teaches 17th-century French literature at the Université de Poitiers. He first worked on tragedy in the 1630s and 1640s, publishing critical editions of Scudéry and Rotrou, and editing an issue of Littératures classiques on Du Ryer, as well as publishing contributions on Mairet and Cyrano. He has also researched other aspects of the “serious theatre” of the 17th century, co-directing, with Bénédicte Louvat-Molozay, an issue of La Licorne on “Racine the poet”. His interest for Scudéry’s Cabinet and Femmes illustres led him to investigate the realm of painting, the politics of galleries and collections, as well as the analysis of paintings (which led to the publication of L’Art pris au mot ou comment lire les tableaux, Paris, Gallimard 2007, co-authored with Alain Jaubert, Valérie Lagier and Henri Scepi). Taking these interests further, he currently devotes much of his research activities to cabinets of curiosities and co-edits the website Curiositas.

 

Pierre Pasquier (Université de Tours)

Une scénographie exceptionnelle pour une tragédie atypique : réflexions sur le décor des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile dans le Mémoire de Mahelot

 

L’étude du croquis scénographique relatif à Pyrame et Thisbé conservé dans le Mémoire de Mahelot, registre technique à l’usage des comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, permet d'apprécier la spécificité de ce dessin par rapport aux autres et de comprendre dans quelle mesure le décorateur de la Troupe Royale a conçu un décor répondant aux singularités que  la pièce présentait dans le champ théâtral français des années 1620 et 1630.

 

An exceptional scenography for a typical tragedy: considerations on the sets for Théophile’s Amours tragiques de Pyrame et Thisbé in the Mémoire de Mahelot

 

This paper sets out to study the designer sketch for Théophile de Viau’s Pyrame et Thisbé in the Mémoire de Mahelot, a technical register for the actors at the Hôtel de Bourgogne. The purpose of this paper is to draw attention to the unusual features of this design in comparison with Mahelot’s designs for other productions, and to appreciate the extent to which the decorator of the Troupe Royale imagined a set that met the singularities that characterized the play in the context of the French stage in the 1620s and 1630s.

 

Pierre Pasquier travaille sur la théorie théâtrale aux XVIe et XVIIe siècles, l’histoire des techniques de la représentation dramatique et l’architecture théâtrale au XVIIe siècle, le théâtre de dévotion au XVIIe siècle. Il a publié plusieurs éditions critiques : Le Véritable Saint Genest de Rotrou (Théâtre complet, t. 4, STFM, 2001), Le martyre de la glorieuse vierge sainte Reine de Claude Ternet (in Tragédies et récits de martyre en France [fin XVIe – début XVIIe siècle], Garnier, 2009), le Mémoire de Mahelot (Champion, 2005). Pierre Pasquier a publié aussi deux ouvrages : La Mimèsis dramatique au XVIIe siècle, histoire d’une réflexion (Klincksieck, 1995) et La représentation théâtrale au XVIIe siècle : conditions et techniques, livre collectif co-dirigé avec Anne Surgers (Armand Colin, 2011). Il prépare actuellement deux éditions critiques : celle de Polyeucte martyr, à paraître dans la nouvelle édition du Théâtre de Corneille dirigée par Liliane Picciola chez Garnier, et celle du Saint Eustache martyr, à paraître dans l’édition du Théâtre de Baro dirigée par Bénédicte Louvat-Molozay chez Garnier.

 

Pierre Pasquier works on 16th- and 17th-century dramatic theory, the history of performance techniques and theatre design in the 17th century, and 17th-century devotional theatre. He has published several critical editions: Le Véritable Saint Genest, de Rotrou (Théâtre complet, vol. 4, STFM, 2001), Le martyre de la glorieuse vierge sainte Reine, de Claude Ternet (Tragédies et récits de martyre en France [fin XVIe – début XVIIe siècle], Garnier, 2009), le Mémoire de Mahelot (Champion, 2005). Pierre Pasquier has also published two studies: La Mimèsis dramatique au XVIIe siècle, histoire d’une réflexion (Klincksieck, 1995) and La représentation théâtrale au XVIIe siècle: conditions et techniques, co-edited with Anne Surgers (Armand Colin, 2011). He is currently working on a critical edition of Polyeucte martyr, forthcoming in a new edition of Corneille’s plays, by Liliane Picciola for Garnier, and another of Saint Eustache martyr, forthcoming in an edition of Baro’s plays by Bénédicte Louvat-Molozay, also for Garnier.

 

Michèle Rosellini (ENS de Lyon)

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé : paradoxes d’un théâtre tragique épicurien ?

 

Théophile de Viau met en œuvre dans sa tragédie la thèse qu’il a énoncée dans La Satire Première sous la formule « suivre la nature » : aimer, se livrer sans retenue à la passion amoureuse est l’application la plus évidente de ce programme philosophique. Le poète paraît par là réactualiser l’épicurisme antique, ce qui lui a valu d’être qualifié d’« épicurien » – donc d’athée, grave incrimination – par les juges du Parlement qui ont instruit son procès. Or, outre son implication dans la critique de l’absolutisme monarchique, c’est là un épicurisme pour le moins troublé, voire contrarié, puisqu’il ne vise plus la tranquillité de l’âme, mais au contraire son bouleversement, qui est éveil à la « vie » véritable. Du moins cette déviation philosophique soutient-elle une dramaturgie dynamique, qui fait de l’unique pièce imprimée de Théophile une véritable tragédie, bien antérieure à la refondation du genre.

 

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé : paradoxes of an epicurean tragedy?

 

In this tragedy, Théophile de Viau applies the theory he had formulated in La Satire Première: “follow nature”. Love, total surrender to the passion of love, is the most evident implementation of this philosophical programme. The poet thereby seems to reactivate antique Epicureanism, which brought on him charges of being an “epicurean”, that is to say, an atheist, by the judges of the Parlement before whom he was brought. Besides his criticism of absolutist monarchy, Théophile de Viau’s Epicureanism is of a troubled, conflicting nature, since he does not seek spiritual peace but rather spiritual upheaval which he considers to be an awakening to the authentic experience of life. This philosophical idiosyncrasy underpins a dynamic approach to drama, which transforms Théophile’s only play in a genuine tragedy, well before the reinvention of the genre.

 

Michèle Rosellini est maître de conférences à l’ENS de Lyon. Elle enseigne la littérature française du XVIIe siècle. Ses travaux de recherche portent d’une part sur la lecture et, de l’autre, sur les œuvres des auteurs libertins dans leurs rapports avec la morale et la censure. Elle a publié un ouvrage sur les Œuvres poétiques de Théophile de Viau (Editions Atlande, coll. « Clefs-Concours-Lettres », 2008), et plusieurs articles sur divers aspects de la vie et de l’œuvre du poète, notamment « Écrire de sa prison : l’expérience carcérale de Théophile de Viau » (Écriture et prison au début de l’âge moderne, Jean-Pierre Cavaillé (dir.),Cahier du Centre de Recherches historiques (EHESS-CNRS) 39, avril 2007, p. 17-38) et « Du saint au poète, la puissance du nom “Théophile” » (dans Gueux, frondeurs, libertins, utopiens : autres et ailleurs du XVIIe siècle. Mélanges en l’honneur du Professeur Pierre Ronzeaud, Philippe Chométy et Sylvie Requemora-Gros (dir.), Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, 2013).

 

Michèle Rosellini is a senior lecturer at the École nationale supérieure of Lyons, where she teaches 17th-century French literature. Her research interests are, on the one hand, reading practices and, on the other hand, the works of libertine authors in relation to morality and censorship. She has published a study of Théophile de Viau’s Œuvres poétiques (Éditions Atlande, coll. « Clefs-Concours-Lettres », 2008) and several articles on aspects of the poet’s life and work, which include « Écrire de sa prison : l’expérience carcérale de Théophile de Viau » (Écriture et prison au début de l’âge moderne, Jean-Pierre Cavaillé (dir.),Cahier du Centre de Recherches historiques (EHESS-CNRS) 39, avril 2007, p. 17-38) and « Du saint au poète, la puissance du nom “Théophile” » (in Gueux, frondeurs, libertins, utopiens : autres et ailleurs du XVIIe siècle. Mélanges en l’honneur du Professeur Pierre Ronzeaud, Philippe Chométy et Sylvie Requemora-Gros (dir.), Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, 2013).

 

Janice Valls-Russell

Des murs de Pompéi aux planches de Stratford-upon-Avon : la mise en corps de la mort de Pyrame et Thisbé

 

L’article de Janice Valls-Russell met en regard la scène de la mort des amants dans les deux pièces de Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été et Roméo et Juliette, en utilisant une approche méthodologique croisée qui permet de faire affleurer une proximité entre les rhétoriques du tragique et du comique. La façon dont le mythe était travaillé à l’époque élisabéthaine, dans le contexte plus large de la Renaissance, avec ses procédés d’imitation, d’appropriation et de détournement, est décodée à partir de l’étude des éléments de transmission du mythe ovidien dans lesquels Shakespeare a puisé. Les appropriations iconographiques du mythe, contemporaines de Shakespeare, illustrent la grande plasticité de cette scène. Les éléments textuels et visuels réunis sont porteurs d’intuitions sur le transfert à la scène, lui-même étudié dans des mises en scène du XXe siècle, qui usent de procédés de bricolage que n’eussent pas renié les artisans du Songe et les troupes de théâtre élisabéthaines. Ces aller-retour mettent en évidence les éléments structurants du mythe, qui traversent les époques, les genres et les formes artistiques. La permanence et le renouvellement du matériau mythologique sont interrogés dans cette scène de mort qui s’est à son tour élevée au stade de mythe avec la tragédie de Roméo et Juliette, et des adaptations filmées comme celles de Baz Luhrmann ou de Franco Zeffirelli, qui ont fortement marqué des générations de jeunes publics.

 

From the walls of Pompei to the theatres of Stratford-upon-Avon: embodying the death of Pyramus and Thisbe

 

This article addresses the deaths of lovers in two of Shakespeare’s plays, A Midsummer Night’s Dream and Romeo and Juliet, through a twofold approach that seeks to bring to light the proximities between the rhetorical strategies of tragedy and comedy. The reworkings of this Ovidian myth in the Elizabethan era, and in the wider context of the Renaissance, with its processes of imitation, appropriation and displacement, are studied through an analysis of the multiple forms of transmission into which Shakespeare tapped. The iconographical appropriations of the myth in the 16th century illustrate the aesthetic appeal of the lovers’ death scene; while a joint consideration of textual and visual elements provides insights into the transfer to the stage, which is studied through a selection of 20th-century productions that use techniques of bricolage that would have appealed to the mechanicals and to Elizabethan players. Critical exchanges between then and now attempt to show how the myth’s structuring elements travel through time, genre and artistic forms. The permanence and renewal of the mythological story are analysed through the death scene that has in turn been raised to the status of a myth through the tragedy of Romeo and Juliet and film adaptations such as those by Baz Luhrmann or Franco Zeffirelli that have moved generations of young audiences.

 

Janice Valls-Russell est ingénieur d’études au CNRS (IRCL-UMR5186). Elle est l’auteur notamment d’une thèse et de divers articles sur le mythe de Pyrame et Thisbé dans la Renaissance anglaise, ainsi que d’une édition et traduction d’une réécriture d’OthelloHarlem Duet de Djanet Sears (Presses universitaires du Mirail, 2012). Responsable éditoriale et des rubriques recensions de la revue Cahiers Élisabéthains, elle assure la coordination et la mise en œuvre du projet en ligne A Dictionary of Shakespeare’s Classical Mythology.

 

Janice Valls-Russell is a research associate at the Centre national de la recherche scientifique (CNRS) and employed by the IRCL (UMR5186). She holds a doctorate and has published on the myth of Pyramus and Thisbe in the English Renaissance. She has edited and translated Djanet Sears’ Harlem Duet (Presses universitaires du Mirail, 2012). She is Reviews and Managing Editor of Cahiers Élisabéthains and Project Coordinator of A Dictionary of Shakespeare’s Classical Mythology.

 

 

 

 

 

 

 

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